
Quentin Dupieux a construit une carrière entière sur l’idée que le cinéma peut raconter n’importe quoi si on y croit vraiment. Un pneu tueur, une veste meurtrière, une mouche géante. Avec Daaaaaalí!, il s’attaque à un sujet en apparence plus sérieux : Salvador Dali en personne. Mais l’absurde est toujours là.
Le film ne cherche pas à raconter la vie du peintre. L’intention est explicite depuis le départ : Daaaaaalí! est une réflexion sur l’impossibilité même de raconter Dali. Comment filmer quelqu’un qui a passé sa vie entière à devenir un personnage ?
La réponse de Dupieux est à la fois simple et radicale : il distribue le rôle à six acteurs différents.
Edouard Baer, Jonathan Cohen, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, Didier Flamand se succèdent ou se superposent dans la peau du peintre. Pas pour illustrer différentes périodes de sa vie, mais pour signifier que Dali est partout et nulle part, insaisissable, toujours en représentation.
L’histoire elle-même est assez simple. Judith, journaliste jouée par Anaïs Demoustier, essaie d’obtenir une interview du peintre pour un documentaire. Dali joue le diva, repart, revient, esquive. Romain Duris joue le producteur qui tente de maintenir le projet en vie. Ça tourne en rond, et c’est exactement le point.
Ce qui distingue Daaaaaalí! des autres films de Dupieux, c’est la bande originale. Thomas Bangalter, l’un des deux membres de Daft Punk, a composé la musique. Bangalter et Dupieux ont voulu que la partition soit un personnage à part entière, pas un accompagnement. C’est une ambition assez rare pour être signalée.
Le film est sorti en France le 7 février 2024. Il dure 77 minutes, ce qui, chez Dupieux, est déjà presque un long métrage généreux. Pas de temps mort, pas de scène en trop, comme d’habitude avec lui.
On peut trouver le film hermétique si on cherche une biographie ou un portrait psychologique. C’est passer à côté. Ce que Dupieux propose, c’est une farce mélancolique sur la nature de l’icône, sur ce qu’il reste d’un artiste quand il est devenu plus grand que son oeuvre.
Dali lui-même aurait probablement adoré, ou prétendu détester pour mieux en parler.
Crédit photo : DR
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