Idées

Sony efface 551 films « achetés » de vos comptes, et nous rappelle qu’on ne possède plus rien de notre culture

posted by Vincent 30 juin 2026
Une étagère de films en Blu-ray dont quelques disques se dissolvent en particules de lumière

Le 1er septembre, Sony va retirer 551 films et séries de la section vidéo du PlayStation Store. Pas seulement du catalogue de location : aussi des comptes de clients qui les avaient payés, plein tarif, en pensant les garder. La raison est froide, une licence avec le studio StudioCanal qui arrive à son terme et n’est pas renouvelée. Aucun remboursement.

Ce qui serre le cœur, c’est la liste. On y trouve Terminator 2, Total Recall, la version Final Cut d’Apocalypse Now, la trilogie Rambo, Highlander, Le Labyrinthe de Pan, le premier Evil Dead. Des films qui comptent, des œuvres que des gens avaient choisi d’avoir chez eux, parfois pour les transmettre.

Et un beau matin, tout cela s’évapore. Sans préavis utile, sans le moindre geste.

Le plus instructif, c’est ce que disent les conditions d’utilisation. Le PlayStation Network écrit noir sur blanc que le mot « acheter » n’implique aucun transfert de propriété, et que tout ce qui passe par la boutique reste concédé sous une licence révocable. Vous ne possédez donc rien. Vous louez le droit de regarder, aussi longtemps qu’un contrat tient entre deux entreprises.

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On a glissé là-dedans sans vraiment y penser. Le numérique nous a vendu du confort, l’accès immédiat, la bibliothèque dans la poche, et nous a fait oublier au passage que nous signions un bail déguisé. Tant que tout fonctionne, personne ne lit les petites lignes. Le jour où un avocat oublie de renouveler une signature, on découvre qu’on n’était que locataires de notre propre cinémathèque.

Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs. En 2022, le même différend avait déjà fait disparaître des films des comptes allemands et autrichiens. À chaque secousse, le même réflexe revient chez les cinéphiles échaudés : retourner au disque. Un Blu-ray sur une étagère ne s’efface pas parce qu’une licence a expiré, ne demande pas de connexion, ne dépend du bon vouloir de personne.

Il y a quelque chose d’un peu vertigineux à se dire qu’une génération entière a confié sa culture à des bibliothèques qu’elle ne contrôle pas. Les films, la musique, les livres numériques, tout repose sur la promesse fragile qu’un service voudra bien continuer d’exister et de payer ses droits.

Posséder un objet, le ranger, le prêter, le léguer, c’est peut-être devenu ringard. C’est surtout la seule manière de garder vraiment ce qu’on aime.

Crédit photo : Illustration générée par IA

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