
On connaissait Sonia Devillers pour sa voix à la radio et pour Les Exportés, où elle racontait comment ses grands-parents avaient fui la Roumanie communiste en étant littéralement échangés contre des cochons. Elle revient le 27 août chez Robert Laffont avec Le Fabuleux Piano, et elle change d’échelle sans changer de méthode : partir d’un objet, tirer le fil, et voir jusqu’où il vous mène.
L’objet, cette fois, c’est un piano. Un Érard, la grande maison parisienne, celui de la famille Enoch, ces éditeurs de partitions dont l’instrument a disparu pendant l’Occupation. Devillers en fait le point de départ d’une enquête bien plus large sur les milliers de pianos raflés dans les appartements juifs de Paris, chargés dans des camions, puis expédiés jusqu’aux confins du IIIe Reich pour meubler des intérieurs allemands.
C’est une histoire qu’on croit connaître et qu’on redécouvre par le petit bout. La spoliation, on l’imagine en tableaux, en meubles, en or. Rarement en pianos. Sauf que voilà, un piano, ça ne se glisse pas dans une poche : il faut le porter, le transporter, le revendre, le réaccorder. Chaque geste laisse une trace, et c’est là-dedans que Devillers va fouiller, archive après archive, avec une patience qui force le respect.
Le recit de Sonia Devillers parait le 27 aout chez Robert Laffont :
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Ce qui frappe vraiment, c’est le ton. Pas de pathos, pas de leçon. Une émotion tenue, presque à voix basse, portée par une langue claire qui devient lyrique juste au bon moment, sans jamais lâcher le fil des preuves. Elle montre qu’un piano peut être une archive, un tombeau, une preuve, un chant qu’on a fait taire. Rien que ça.
Le livre a ses lenteurs, je ne vais pas vous mentir. L’enquête part parfois dans trop de directions, se perd un peu dans ses ramifications, et il faut accepter de ralentir avec elle. Mais cette lenteur fait aussi le prix du récit : on reste du côté de la personne qui cherche, jamais de celle qui saurait déjà tout.
Pour qui ? Pour vous si Les Exportés vous avait remué, si les histoires de familles et d’objets qui traversent le siècle vous parlent, si vous aimez quand une enquête intime rejoint la grande Histoire sans jamais l’écraser. C’est un beau livre, sérieux et sensible, et l’un des plus nécessaires de cette rentrée. Franchement, on le recommande sans hésiter.
Crédit photo : Robert Laffont





