Idées

Une journaliste de Politico remonte le fil des tags et des têtes de porc, et Les agents du chaos montre à quel point la Russie nous vise déjà

posted by Vincent 25 septembre 2026
Couverture du livre Les agents du chaos de Marion Solletty, éditions Denoël, enquête sur l'ingérence russe en Europe

Vous vous souvenez sûrement de ces étoiles de David bleues apparues sur des façades parisiennes à l’automne 2023, au lendemain du 7 octobre. Sur le moment, on a cru à une poussée antisémite locale, spontanée. Sauf que voilà, derrière la bombe de peinture, il y avait un commanditaire, et il était à Moscou.

C’est le point de départ des Agents du chaos, l’enquête que Marion Solletty publie chez Denoël depuis le 23 septembre. La journaliste dirige la rédaction française de Politico, après être passée par franceinfo et Le Monde. Elle connaît son sujet, et ça se sent à chaque page.

Son constat est simple à énoncer, glaçant à lire. Le Kremlin n’a plus besoin d’espions en trench-coat. Il recrute des petites mains en Moldavie, en Bulgarie, en Serbie, leur promet quelques centaines d’euros et leur demande d’aller taguer un mur ou de filmer un bâtiment. Une bombe de peinture, un téléphone, et le tour est joué.

Le génie du procédé, c’est qu’il ne coûte presque rien et rapporte gros en panique. Des têtes de porc devant des mosquées d’Île-de-France, des sabotages en Pologne, des drones qui survolent l’Allemagne. À chaque fois le même objectif, attiser nos peurs et nous monter les uns contre les autres. Le plus fort, c’est qu’on fait ensuite le travail nous-mêmes, en nous accusant entre voisins.

Les agents du chaos - Marion Solletty (Denoël)

Pour lire l’enquête complète de Marion Solletty :

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Ce que Solletty documente avec précision, c’est que la France n’est pas un dommage collatéral dans cette histoire. Nous sommes le deuxième pays le plus visé d’Europe, juste derrière l’Ukraine. Deuxième. De quoi remettre pas mal de nos disputes franco-françaises à leur place.

Le livre a le mérite de ne pas verser dans la parano. Pas de complot tapi derrière chaque fait divers, pas de grand récit à la truelle. Elle enquête, recoupe, nomme, et laisse les faits parler. C’est du journalisme, pas du roman d’espionnage, même si on tourne les pages comme tel.

On peut lui reprocher une chose, peut-être. À force d’aligner les opérations, on finit par se sentir un peu impuissant. Le bouquin dit très bien comment ça marche, beaucoup moins comment on s’en protège. Mais bon, ce n’était pas la promesse.

Reste un essai clair et franchement utile, surtout si vous voulez comprendre pourquoi votre fil d’actualité vous met parfois en colère sans trop savoir pourquoi. La désinformation n’est pas une idée abstraite. Elle a un prix, des sous-traitants et une adresse.

Crédit photo : Denoël

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