Idées

Une prof de Stanford raconte comment on efface une démocratie en commençant par les mots

posted by Vincent 24 septembre 2026
Couverture du livre D'abord ils sont venus chercher les mots de Cécile Alduy, aux éditions Les Arènes

Cécile Alduy enseigne la littérature à Stanford et passe ses journées à décortiquer la manière dont les mots pèsent sur le réel. Elle avait déjà passé au crible la langue de Zemmour, puis celle de Marine Le Pen. Son nouveau livre, « D’abord, ils sont venus chercher les mots », paru le 17 septembre chez Les Arènes, part d’un constat glaçant de simplicité : quand un pouvoir veut faire disparaître une réalité qui le dérange, il commence par supprimer le mot qui la nomme.

Le titre est un écho au fameux poème de Martin Niemöller, celui qu’on ressort dès qu’il est question de lâcheté collective. Sauf que voilà, ici, avant de venir chercher les gens, on vient chercher le vocabulaire.

Alduy raconte de l’intérieur la bascule autoritaire américaine, telle qu’elle l’a observée depuis la Californie après l’élection de 2024. Des centaines de termes rayés des bases de données fédérales, des pages gouvernementales nettoyées, des consignes envoyées aux administrations pour bannir certains mots des documents officiels. Diversité, genre, changement climatique, personnes vulnérables : gommez l’étiquette, et le problème est censé s’évaporer avec elle. C’est bête, mais ça marche assez bien.

D'abord ils sont venus chercher les mots

Le livre dont il est question ici, si l’analyse du langage politique vous intéresse :

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La force du bouquin, c’est cette double casquette. Alduy est chercheuse au Cevipof, elle sait analyser un discours à la virgule près, et en même temps elle mène une vraie enquête de terrain, avec des chercheurs qui sauvegardent des archives en douce et des fonctionnaires qui apprennent à parler par périphrases. On n’est pas dans l’essai théorique qui plane à dix mille mètres. On est au ras du langage, là où ça se joue vraiment.

Ce qui m’a le plus accroché, c’est qu’elle refuse le confort du « ça n’arrive qu’aux autres ». Le livre est pensé comme un signal pour la France, à un moment où le débat public se durcit et où certains mots deviennent, chez nous aussi, des chiffons rouges. Rien de moralisateur là-dedans, juste une démonstration patiente.

Alors oui, c’est dense, parfois un peu anxiogène, et il faut accepter de ne pas ressortir de là franchement rassuré. Mais si vous aimez qu’on prenne le langage au sérieux, que vous lisez la presse en vous demandant qui choisit les mots et pourquoi, c’est exactement le genre de lecture qui vous tiendra éveillé. Moi, je l’ai refermé en regardant les titres du jour d’un autre œil.

Crédit photo : Les Arènes

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