Idées

Adèle Van Reeth part s’enfermer dans un monastère pour savoir pourquoi on ne tient plus en place, et Une heure à soi est le petit livre qui fait du bien

posted by Vincent 16 octobre 2026
Couverture du livre Une heure a soi d'Adele Van Reeth, editions Gallimard

Vous connaissez sans doute Adèle Van Reeth, la voix de la philo sur France Inter, dont elle dirige aujourd’hui l’antenne. Elle revient avec un essai court, 176 pages chez Gallimard, et le pari est culotté: aller s’isoler quelques jours dans un monastère pour vérifier ce que ça fait vraiment, une heure à soi.

Le titre fait un clin d’oeil assumé à Virginia Woolf et sa chambre à soi. Sauf qu’ici il ne s’agit pas d’écrire, mais de tenir en place. De rester assise avec le vide, sans dégainer le téléphone, sans remplir chaque minute pour éviter de la regarder passer.

Point de départ, une phrase de Pascal qui pique: on ne s’occupe que de ce qui n’est pas, jamais de ce qui est. Autrement dit, on passe notre temps à fuir le présent pour courir après autre chose. Van Reeth part de là et tire le fil jusqu’à nous, avec Woolf et Thoreau en compagnons de route.

Ce qui marche vraiment, c’est qu’elle ne fait jamais la leçon. Pas de sermon sur les écrans, pas de recette miracle de déconnexion en dix étapes. Elle raconte sa propre gêne, son ennui, cette fatigue bizarre qui nous tombe dessus alors qu’on n’a rien fait de sa journée. Et elle ose la question qui dérange: pourquoi organiser toute sa vie pour combler un vide qui nous effraie, tout en se plaignant de ne jamais avoir une minute pour soi?

Une heure a soi - Adele Van Reeth

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La philosophe n’est pas naïve. Elle sait qu’on ne va pas tous filer au couvent, et que l’ennui a mauvaise presse. Mais elle en fait presque une hygiène: accepter de s’ennuyer, c’est se réapproprier son attention, ce bien qu’on brade à longueur de journée sans même s’en rendre compte.

C’est écrit avec légèreté, sans jargon, et ça se lit d’une traite en deux heures. Les amateurs de philo pure resteront peut-être sur leur faim, parce que Van Reeth tient davantage du côté de l’intime que de la démonstration. Mais pour qui a déjà attrapé son téléphone sans raison trois fois en lisant ce paragraphe, c’est exactement le miroir qu’il faut.

À lire un dimanche pluvieux, lentement, notifications coupées. C’est le genre de livre qui ne change pas votre vie, mais qui vous fait lever les yeux une seconde. Et par les temps qui courent, c’est déjà pas mal.

Crédit photo : Gallimard

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