
Il y a des livres qui posent un mot sur une gêne qu’on traîne depuis des années. La tyrannie du présent, le nouvel essai de Pierre Rosanvallon paru chez Seuil, en fait partie.
Le constat tient dans une phrase que l’auteur assume : nous savons, mais nous ne faisons rien. On a les modèles climatiques les plus précis de l’histoire, on connaît la trajectoire de la dette à vingt ans, on voit arriver le vieillissement et la question des retraites comme un train au ralenti. Et pourtant, rien ne bouge vraiment.
Rosanvallon ne se contente pas de râler. Il cherche à comprendre pourquoi la démocratie, par construction, préfère l’instant. Sa réponse remonte aux Lumières et aux révolutions française, américaine et anglaise : en s’émancipant du poids du passé et des traditions, l’individu moderne a aussi appris à vivre dans le présent, à décider pour tout de suite. Le court terme n’est pas un accident, c’est presque notre logiciel.
Il prolonge ici une idée que l’historien François Hartog avait posée il y a vingt ans sous le nom de présentisme. Rosanvallon l’emmène sur le terrain politique : comment voter pour des gens qui ne votent pas encore, les générations futures, celles qui subiront nos choix sans jamais avoir pesé dessus ?
Si ces questions vous travaillent, le livre de Rosanvallon se trouve facilement :
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C’est là que ça devient intéressant. Plutôt que de se lamenter, il propose des outils concrets. Un parlement du long terme, chargé de rendre visibles les conséquences lointaines de nos décisions. Des conventions citoyennes pensées pour la délibération entre générations. Bref, des espaces démocratiques qui ne se calent plus sur le prochain scrutin.
Est-ce que ça marcherait ? On a le droit d’être un peu sceptique. On a déjà vu des conventions citoyennes finir dans un tiroir, et l’idée d’institutionnaliser le futur peut vite virer au gadget. Rosanvallon le sait, et c’est tout l’intérêt : il n’offre pas une recette miracle, il ouvre un chantier.
Le livre est exigeant, 336 pages à 23 euros, et il demande un peu d’attention. Mais il a le mérite rare de nommer précisément notre impuissance au lieu de la déplorer en boucle. Si vous avez envie de comprendre pourquoi on ne fait jamais ce qu’on sait devoir faire, c’est une lecture qui éclaire vraiment.
Crédit photo : Seuil





