Idées

Pascal Chabot invente le mot digitose pour nommer notre fatigue d’écran, et son essai sur nos vies en capsules tombe pile au bon moment

posted by Vincent 16 octobre 2026
Couverture du livre Nos vies encapsulées de Pascal Chabot, éditions PUF

Il y a un mot nouveau dans le dernier essai de Pascal Chabot, et une fois qu’on l’a lu on ne voit plus que lui : la digitose. Le philosophe belge désigne par là cette fatigue très particulière du monde numérique, la saturation de l’attention, la dépendance aux écrans qui ressemble parfois à une petite maladie du siècle. Vous voyez très bien de quoi il parle.

Son livre s’appelle Nos vies encapsulées, sous-titré Quel devenir pour l’humanité ?, paru chez PUF cet automne, 208 pages, 18 euros. Ce n’est pas un pamphlet de plus contre les méchants smartphones. C’est beaucoup plus fin que ça.

L’idée de départ tient en une phrase que Chabot assume pleinement : nous n’habitons plus vraiment le monde, nous habitons des objets. Notre maison, notre voiture, notre téléphone, nos applications forment autant de capsules confortables qui nous protègent, nous connectent, optimisent chaque minute de la journée. Et qui, du coup, nous enferment un peu aussi.

Le plus réussi, c’est qu’il refuse de trancher entre le paradis et l’enfer. La capsule rend service, personne ne va rendre son GPS ni débrancher son chauffage connecté. Sauf que voilà, à force de vivre dans ces bulles, on finit par confondre le confort et le sens, la mise à jour d’un appareil et le vrai progrès. C’est là que son propos devient vraiment stimulant.

Nos vies encapsulées - Pascal Chabot (PUF)

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Chabot invente aussi deux autres mots qui font mouche. La technonomie, quand ce sont les dispositifs techniques qui fixent les règles et imposent leurs rythmes, décidant de notre disponibilité à notre place. Et le hubjet, contraction de hub et d’objet, cet individu devenu simple nœud traversé en permanence par des flux de messages, d’infos et de travail. On se reconnaît, et ça pique un peu.

Est-ce que le livre nous tend une solution clé en main ? Pas de recette miracle, non. Chabot plaide plutôt pour une forme de lucidité cultivée, retrouver la philosophie, la culture, la pensée des liens comme autant de points d’ancrage à l’intérieur même des capsules. On peut rester un peu sur sa faim de ce côté-là.

Mais honnêtement, c’est le genre de livre qui se lit en deux soirées et qui vous trotte ensuite dans la tête chaque fois que vous attrapez votre téléphone par réflexe. Pour un quarantenaire qui sent bien que quelque chose a changé dans son rapport aux écrans sans réussir à le nommer, c’est un petit miroir salutaire. À glisser dans la poche de la capsule.

Crédit photo : PUF

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