Culture

Bartabas met les mots avant les chevaux dans son nouveau spectacle chez Zingaro

posted by Vincent 25 octobre 2025
Bartabas met les mots avant les chevaux dans son nouveau spectacle chez Zingaro

On connaît Bartabas pour ses spectacles équestres somptueux, où les chevaux dansent dans la pénombre du Fort d’Aubervilliers depuis 1989. Avec Les Cantiques du corbeau, il prend tout le monde à contre-pied : cette fois, ce sont les mots qui occupent le devant de la scène, et les chevaux se font rares.

L’histoire de ce spectacle commence pendant le confinement de 2020. Coincé chez lui comme tout le monde, le metteur en scène s’est mis à écrire. De ce huis clos est né un recueil sombre, intime, qui interroge la part d’animalité tapie en chacun de nous. Un texte qu’il a longtemps gardé pour lui avant de décider de le faire vivre sur scène.

Le résultat tranche radicalement avec ce qu’on attend du théâtre équestre. Après une trilogie de cabarets consacrés au nomadisme et à l’exil, Bartabas amène sa troupe sur les rives de la littérature. La parole, la musique et les images poétiques prennent ici la place d’honneur, là où d’habitude on venait surtout pour la grâce des chevaux. C’est audacieux, presque déroutant pour les habitués.

Pour accompagner ce texte, Zingaro accueille le groupe Pantcha Indra et son gamelan balinais, ces percussions métalliques hypnotiques qui semblent faire respirer les mots. Bartabas parle d’une véritable ode à la lecture, et l’on sent qu’il y a chez lui une envie de ralentir, de donner au verbe le temps de résonner. C’est un spectacle solennel, contemplatif, qui demande qu’on accepte de se laisser porter.

Les cantiques du corbeau, de Bartabas

Le recueil dont est tiré le spectacle, à lire dans le texte.

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Faut-il y aller en sachant qu’on n’y verra presque pas de chevaux galoper ? Tout dépend de ce qu’on cherche. Ceux qui rêvent de la cavalerie spectaculaire des grandes heures de Zingaro pourraient rester sur leur faim. Mais qui accepte de se laisser happer par cette ambiance crépusculaire, entre poésie et transe musicale, découvrira un Bartabas plus intérieur, plus nu aussi.

Le spectacle s’est joué à l’automne au théâtre Zingaro, dans cet écrin de bois et de bougies qui reste l’un des lieux les plus magiques de la banlieue parisienne. On y va comme on entre dans une cérémonie, pas comme on assiste à un show. Et c’est précisément ce qui fait le prix de la chose.

Passé la soixantaine, Bartabas continue de se réinventer plutôt que de répéter ses succès. C’est suffisamment rare dans le spectacle vivant pour qu’on le salue.

Crédit photo : DR

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