
Il y a des films qu’on attend pendant des décennies. Megalopolis en fait partie. Francis Ford Coppola, 85 ans, double Palme d’or pour Conversation secrète et Apocalypse Now, ruminait ce projet depuis les années 1980. Il a fini par le financer lui-même, à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars, quitte à vendre une partie de son domaine viticole. Autant dire que l’homme y croyait. Le résultat, découvert au Festival de Cannes, laisse pour le moins perplexe.
L’histoire se déroule dans une Amérique en pleine décadence, rebaptisée New Rome. Après une catastrophe, la ville doit renaître de ses cendres. César Catilina, architecte génial doté du pouvoir d’arrêter le temps, veut la reconstruire en cité idéale et utopique. Face à lui, le maire ultra-conservateur Franklyn Cicéron défend le système corrompu qui l’arrange. Entre les deux, Julia, fille du maire et compagne de l’architecte, doit choisir son camp et, accessoirement, l’avenir de l’humanité.
Sur le papier, c’est ambitieux. À l’écran, c’est une fable rétrofuturiste outrancière, qui dure deux heures dix-huit et donne souvent l’impression d’étouffer sous son propre poids. Coppola convoque la Rome antique, la science-fiction, la philosophie de comptoir et les effets visuels les plus baroques, sans toujours réussir à les faire tenir ensemble. On passe du sublime au ridicule en quelques plans, parfois dans la même scène.
La critique, à Cannes, s’est divisée. Certains y ont vu un naufrage mégalomane, d’autres l’ultime geste libre d’un cinéaste qui n’a plus rien à prouver et fait exactement ce qu’il veut. La vérité se situe sans doute entre les deux. Megalopolis est un film bancal, parfois pénible, mais traversé d’éclairs et d’une sincérité désarmante. On peut rester de marbre devant le colosse tout en saluant son panache.
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Car c’est bien là que se joue l’affaire. À une époque où le cinéma de studio calibre tout au millimètre, voir un homme de 85 ans mettre sa fortune sur la table pour réaliser sa lubie a quelque chose de réjouissant. Le film n’est pas réussi, soyons clairs, mais il existe, dans toute son extravagance, et c’est déjà une forme de victoire.
Faut-il le voir ? Si vous cherchez un divertissement fluide et maîtrisé, fuyez. Si vous aimez les objets de cinéma étranges, les ambitions folles et les naufrages magnifiques, alors Megalopolis vaut le détour, ne serait-ce que pour avoir un avis sur cet ovni dont tout le monde parle.
Le vrai génie est souvent mal compris, claironne le film à un moment. La formule est un peu présomptueuse. Mais elle dit aussi quelque chose de touchant : celle d’un vieux maître qui préfère se planter en visant les étoiles plutôt que réussir un film de plus. À chacun de juger si le pari valait le coup.
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