
Vous l’avez sûrement entendu, scandé à pleins poumons dans les cortèges contre l’extrême droite. « La jeunesse emmerde le Front national. » La phrase claque, elle rassemble, elle traverse les générations. Et pourtant, la plupart de celles et ceux qui la reprennent aujourd’hui ignorent d’où elle vient.
Le slogan n’est pas né dans la rue. Il vient d’une chanson, Porcherie, composée en 1984 par Bérurier Noir. Un duo, FanFan d’un côté, le guitariste Loran de l’autre, figures de proue de ce qu’on appelait alors le rock alternatif. Des musiciens qui organisaient eux-mêmes leurs concerts, pressaient leurs propres disques, et se revendiquaient ouvertement antifascistes, antiracistes, antisexistes et anticapitalistes. Tout un programme, déjà.
La fameuse phrase, on l’entend à la fin du morceau. Pas une fois, pas deux : douze fois d’affilée, hurlée en boucle pour clore le titre. Difficile de faire plus direct.
Pour comprendre la colère, il faut se replacer en 1984. Cette année-là, un parti d’extrême droite franchit pour la première fois la barre des 10 % à une élection nationale, avec 11 % aux européennes. Un choc, à l’époque. C’est dans ce contexte que la chanson a pris forme, comme une réponse frontale, presque enfantine dans sa formulation mais redoutablement efficace.
Pour réécouter Porcherie et tout le brûlot du groupe.
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Quarante ans plus tard, le morceau a largement dépassé son groupe. Bérurier Noir n’a jamais été un mastodonte des charts, loin de là, mais cette poignée de mots est devenue un patrimoine commun de la contestation. On l’a entendue en juin 2024, place de la République, dans la bouche d’adolescents qui n’étaient même pas nés quand le groupe s’est séparé. Certains pensaient d’ailleurs que ça venait de Zebda. On ne leur en voudra pas : un slogan qui survit à ce point à son auteur, c’est plutôt le signe d’une réussite.
Ce qui frappe, avec le recul, c’est cette capacité d’une chanson punk de garage à fédérer bien au-delà de son public d’origine. Pas besoin de connaître Bérurier Noir pour reprendre le refrain. La formule s’est détachée de la musique, elle vit sa propre vie, transmise de bouche à oreille, de manif en manif. C’est rare, et c’est précisément ce qui en fait un objet politique à part.
On peut trouver le procédé un peu simpliste, le mot un peu cru. Mais c’est aussi sa force : il dit une chose claire, sans détour ni périphrase, et il se retient en une seconde. Dans une époque où les messages se diluent, cette efficacité-là a quelque chose de précieux.
La prochaine fois que vous l’entendrez résonner dans une foule, vous saurez au moins à qui vous le devez. Et ça vaut bien une réécoute du disque.
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