
Le saviez-vous ? L’écriture manuscrite a sa journée mondiale, chaque 23 janvier, et ce depuis 1977. À l’origine de cette célébration, on trouve une association nord-américaine de fabricants de stylos et de crayons, ce qui ne s’invente pas. Près de cinquante ans plus tard, la question a pris une tout autre épaisseur : à quoi bon apprendre à écrire à la main quand SMS, mails et claviers ont envahi nos vies ?
Télérama a posé la question à Florence Bara, professeure en psychologie des apprentissages et du développement à l’Université de Toulouse, qui travaille depuis des années sur l’apprentissage de l’écriture manuscrite. Sa réponse tient en une phrase qui devrait faire réfléchir : certains pays ont testé l’apprentissage au clavier, et ils en sont revenus.
L’argument mérite qu’on s’y arrête. Apprendre à écrire à la main est long, contraignant, parfois fastidieux pour les écoliers. Des années d’efforts pour former des lettres, tenir son crayon, enchaîner les mots. Face à ça, le clavier semble une solution miracle : plus rapide, plus propre, plus moderne.
Sauf que voilà. Les recherches en psychologie cognitive montrent que le geste d’écriture n’est pas un simple outil de transcription. Tracer une lettre à la main mobilise un réseau de neurones qui participe directement à l’apprentissage de la lecture. En formant la lettre, l’enfant la mémorise mieux, la reconnaît mieux, l’ancre plus profondément. Le corps apprend avec la tête, en quelque sorte.
C’est tout le sens du travail de Florence Bara, qui mène ses recherches en France, au Québec ou au Rwanda, auprès d’enfants de 4 à 10 ans. L’écriture manuscrite s’inscrit dans l’apprentissage général lecture-écriture, et la court-circuiter revient à fragiliser l’ensemble de l’édifice.
Pour creuser le sujet, le livre de la chercheuse interviewée elle-même.
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Les pays qui avaient misé sur le tout-clavier à l’école ont fini par faire machine arrière, constatant les dégâts sur la mémorisation et la reconnaissance des lettres. Une leçon d’humilité pour tous ceux qui annonçaient la mort du stylo avec un enthousiasme un peu rapide.
Cela ne veut pas dire qu’il faut diaboliser le numérique, bien sûr. Le clavier a sa place, et les chercheurs s’intéressent d’ailleurs à la complémentarité des deux outils. Mais l’idée qu’on pourrait sauter l’étape du geste graphique relève du fantasme.
Il y a quelque chose de rassurant dans cette histoire. À l’heure où l’on tape plus qu’on n’écrit, où nos enfants pianotent avant de savoir lire, la vieille écriture cursive garde une utilité que la science valide. Votre liste de courses griffonnée et vos cartes postales de vacances ont donc encore de beaux jours devant elles.
Et entre nous, recevoir une lettre écrite à la main fait toujours plus d’effet qu’un message vocal. Ça aussi, ça compte.





