CultureIdées

La nature fondamentale de l’univers, c’est le commerce : ce que m’a soufflé un épisode de Sense8

posted by Nathanael 26 mai 2026
La nature fondamentale de l'univers, c'est le commerce : ce que m'a soufflé un épisode de Sense8

Il y a une réplique de Sense8 qui ne me lâche plus. Saison 1, septième épisode. L’agent Gorski mène une négociation tendue avec un chef de gang, et au beau milieu du bras de fer, l’autre lui lance : « Tu sais, la nature fondamentale de l’univers, c’est pas la compétition, agent Gorski. » Ah non ? « Non. C’est le commerce. »

Le commerce. Pas la compétition, pas même la coopération. Le commerce. Depuis que j’ai vu ce passage, je me le répète en boucle. Ça paraît tellement évident une fois posé, et pourtant si étranger à tout ce qu’on nous apprend. Comment ai-je pu oublier une chose aussi simple ?

Au fond, la coopération est une forme de commerce, juste plus abstraite qu’un troc immédiat. Quand on construit une relation solide ou qu’on répond à un besoin profond chez quelqu’un, on échange quelque chose. Ça reste du commerce, même sans monnaie et sans facture.

Commercial, oui, mais pas capitaliste. L’idée n’est pas d’arracher le maximum de profit au détriment de celui d’en face. C’est plutôt que chacun y trouve son compte. Les deux acteurs partagent un intérêt commun, même si l’objet du désir diffère, et surtout ils ont besoin l’un de l’autre. Ils sont interdépendants. La limite est nette : dès que les pertes dépassent les gains, l’échange s’arrête. Si nos besoins sont plus souvent ignorés que comblés, le contrat se rompt et chacun s’en va.

Pour prolonger la rêverie sur la nature de l’univers, le petit livre de Carlo Rovelli reste une porte d’entrée idéale.

Sept brèves leçons de physique (Carlo Rovelli) → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Ce qui me plaît dans cette vision, c’est qu’elle fait voler en éclats l’opposition entre égoïsme et altruisme. Il n’y a ni l’un ni l’autre. Je réponds à vos besoins parce que vous répondez aux miens, alors à quoi bon hiérarchiser. Nous faisons exactement la même chose. Et cette idée nous rappelle au passage qu’on n’est rien tout seul. Sans communauté, sans ressources, sans environnement social ou écologique, nous sommes parfaitement impuissants. Détruire cet équilibre, c’est se fragiliser soi-même, parce qu’un jour il faudra une alternative et qu’elle pourrait ne pas exister au moment voulu.

Et si c’est vraiment la nature de l’univers, on devrait en trouver la trace partout dans le vivant. Donna Haraway décrit justement ces échanges de gènes, d’infections, de comportements qui nous ont façonnés autant que nos compagnons à quatre pattes. Elle parle de co-évolution, de co-dépendance, de cette toile de relations qu’on s’obstine à ignorer.

Et pour cause. On nous a socialisés pour adorer l’individualisme et la compétition. On survalorise le génie de quelques-uns en oubliant le contexte monstrueux qui les a portés. Nous ne sommes pas sans racines, ni au-dessus des autres espèces sous prétexte qu’on fabrique des voitures et qu’on envoie des gens dans l’espace. Nous nous croyons importants, et nous le sommes sans doute bien moins que nous l’imaginons. Reste à remplir notre part du contrat avant qu’il ne soit trop tard.

Leave a Comment

À lire