
Quand un pays se met à couper les vivres de sa recherche, les cerveaux finissent par chercher la sortie. C’est exactement ce qui se joue depuis les coupes budgétaires décidées par Donald Trump, et la France compte bien en profiter.
L’université d’Aix-Marseille a lancé un programme au nom limpide, « Safe Place for Science », pour offrir un refuge aux scientifiques américains qui ne se sentent plus libres de travailler chez eux. Et le succès a dépassé les attentes.
Au 17 avril, l’établissement avait déjà reçu 298 candidatures. 242 d’entre elles cochaient toutes les cases. La moitié émanaient de femmes, et surtout, on y trouvait des profils chevronnés, souvent en poste dans des institutions qui font rêver : Columbia, Yale, Stanford, la NASA, l’université de Pennsylvanie.
Toutes les disciplines ou presque ont répondu présent. Les sciences humaines arrivent en tête avec 77 dossiers, devant les sciences de la vie (69), l’environnement (40) et un gros bloc regroupant physique, informatique, mathématiques et astronomie (56). La crainte de voir la liberté académique rognée traverse manifestement tous les laboratoires.
Côté nationalités, la majorité des candidats sont américains (135), parfois binationaux (45). S’ajoutent des chercheurs venus d’Europe, d’Inde, du Brésil, et même dix-sept Français qui aimeraient bien rentrer.
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Le calendrier, lui, est serré. Un comité de sélection s’est réuni le 23 avril, suivi d’auditions en ligne dans la seconde quinzaine de mai. Au bout du compte, trente à quarante candidatures seront retenues, dont une quinzaine de scientifiques américains attendus dès le mois de juin.
Derrière l’opération de communication, il y a un vrai geste politique. Aix-Marseille se pose en terre d’accueil pour une science libre, le temps que la tempête passe outre-Atlantique.
On peut y voir un brin d’opportunisme, bien sûr. Récupérer les talents que le voisin laisse filer, ce n’est pas tout à fait du désintéressement. Mais quand le résultat, c’est de protéger des travaux menacés et d’enrichir nos labos, on ne va pas bouder.
Et si l’idée séduit, elle pourrait faire des émules. D’autres universités européennes regardent déjà ce modèle avec intérêt, prêtes à tendre la main à leur tour. Reste à savoir si les moyens suivront, parce qu’un refuge sans budget, ça ne nourrit pas longtemps son monde.
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