
Il y a des lieux où l’on croit être tranquille, et qui révèlent en réalité tout ce qui cloche ailleurs. Pour Colombe Schneck, ce lieu, c’est la piscine. La journaliste et autrice, nageuse passionnée, raconte une expérience que beaucoup de femmes reconnaîtront sans peine : les incivilités masculines dans les couloirs de nage, ces petites agressions du quotidien qu’elle dit ne même plus pouvoir compter.
Le décor est banal. Une piscine municipale, des couloirs partagés, des règles implicites de courtoisie pour que chacun puisse nager sans se gêner. Et puis ces hommes qui doublent sans prévenir, qui touchent les pieds, qui s’imposent, qui prennent toute la place comme si l’eau leur appartenait. Rien de spectaculaire pris isolément. Mais mis bout à bout, ça dessine un climat pesant, où la nageuse doit en permanence composer, s’effacer, anticiper.
Schneck connaît bien le sujet. On lui doit notamment La tendresse du crawl, où elle racontait comment la natation avait changé sa vie, et un guide des piscines parisiennes écrit après avoir testé les bassins de la capitale. La nage, chez elle, n’est pas un simple loisir : c’est un territoire de liberté, un espace où le corps se libère. D’où la force de son constat. Même là, même dans l’eau, le rapport de force entre hommes et femmes refait surface.
Ce qui rend son propos précieux, c’est qu’il ne tombe ni dans la caricature ni dans la généralisation outrancière. Elle ne fait pas le procès des hommes en bloc. Elle pointe une mécanique, des comportements, une manière d’occuper l’espace public qui se rejoue à l’identique dans la rue, au travail, dans les transports. La piscine devient un microcosme, un révélateur de quelque chose de plus vaste.
Le récit de Colombe Schneck sur la nage qui change une vie :
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On pourrait balayer ça d’un revers de main, ranger l’affaire au rayon des broutilles. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Ces « petites » incivilités fonctionnent comme un rappel permanent : tu es chez toi un peu moins que les autres, tu dois rester sur tes gardes. C’est cette charge mentale invisible, ce calcul de chaque instant, que Schneck met en mots avec une justesse désarmante.
Le mérite de son témoignage, c’est de nommer ce que beaucoup vivent sans le formuler. Mettre des mots sur une gêne diffuse, c’est déjà refuser de la trouver normale. Et c’est peut-être le premier pas pour que les choses bougent, dans les couloirs de nage comme partout ailleurs.
Reste à espérer que ces messieurs qui squattent le bassin liront un jour ces lignes. On peut toujours rêver, surtout au bord de l’eau.
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