
Pendant que tout le monde se demande si l’intelligence artificielle va nous remplacer, la philosophe Anne Alombert prend le problème par l’autre bout. Son essai, « De la bêtise artificielle », paru en janvier aux éditions Allia, tient dans la poche et se lit en une soirée. Mais il laisse des traces.
Sa thèse tient en une formule un peu provocante : l’intelligence artificielle, ça n’existe pas. Ce que ces machines fabriquent, ce n’est pas de l’intelligence, c’est une imitation très convaincante de nos façons d’écrire, de parler, de créer. Et à force de déléguer ces gestes à des automates, on risque surtout de perdre la main nous-mêmes.
Alombert n’est pas une techno-pessimiste de plateau télé. Maîtresse de conférences à Paris 8, membre du Conseil national du numérique, elle s’inscrit dans la lignée du philosophe Bernard Stiegler. Son sujet, ce n’est pas la robotique qui fait peur, c’est ce que ces outils font à notre attention, à notre mémoire, à notre capacité de réfléchir par nous-mêmes.
Le livre est stimulant parce qu’il refuse les deux camps habituels. Ni la promesse du paradis productiviste, ni l’apocalypse façon Terminator. Elle déplace la question : qui possède ces technologies, selon quel modèle économique, et avec quelles conséquences politiques ? Posée comme ça, l’IA cesse d’être une fatalité tombée du ciel pour redevenir un choix de société.
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De la bêtise artificielle — Anne Alombert (Allia) → voir sur Amazon
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Le reproche qu’on peut lui faire, c’est une certaine densité. Quand elle convoque la « prolétarisation » de nos savoir-faire ou la « co-évolution » entre les humains et leurs machines, il faut parfois s’accrocher. Ce n’est pas un livre de gare, et certains passages demandent qu’on relise une phrase deux fois.
Mais c’est aussi ce qui fait sa valeur. Alors qu’on nous vend ChatGPT comme une baguette magique, voilà quelqu’un qui prend le temps de nommer ce qu’on est en train de perdre, sans hurler ni vendre du rêve.
Pour qui ? Pour tous ceux que le sujet agace ou inquiète sans qu’ils sachent bien pourquoi, et qui veulent des arguments solides plutôt que des slogans. Cent pages, pas une de trop. On en ressort avec moins de certitudes et davantage de bonnes questions, ce qui est plutôt rare par les temps qui courent.
Crédit photo : Éditions Allia





