
On imagine internet dans les nuages, dans le « cloud », quelque part au-dessus de nos têtes. La vérité est beaucoup plus banale et beaucoup plus fragile : près de 99 % du trafic mondial file au fond des océans, dans des câbles à peine plus épais qu’un tuyau d’arrosage. On n’y pense jamais. Jusqu’au jour où l’un d’eux casse.
C’est exactement le point de départ de Ce qui nous frôle sous la surface, le nouveau roman de Colum McCann, qui paraît le 20 août chez Belfond, 320 pages, traduit par Clément Baude. L’Irlandais, on le connaît surtout pour Et que le vaste monde poursuive sa course, couronné aux États-Unis il y a une quinzaine d’années.
Son héros s’appelle Anthony Fennell. Écrivain en panne d’inspiration, rongé par le doute, il décide de partir en reportage sur un sujet qui l’intrigue : ces câbles sous-marins qu’on répare en pleine mer quand ils lâchent. Une panne géante des réseaux téléphoniques en Afrique lui offre l’occasion d’embarquer sur un navire câblier.
À bord, il tombe sous le charme de John Conway, le chef de mission, un apnéiste hors norme, et de Zanele, sa compagne, actrice sud-africaine. Le reportage vire peu à peu à l’obsession, et le voyage l’emmène bien plus loin qu’il ne l’imaginait.
Le roman parait le 20 aout chez Belfond, deja disponible en precommande :
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Ce qui frappe, c’est la façon dont McCann attrape un sujet ultra-contemporain, presque technique, pour parler d’autre chose. Le colonialisme qui ne dit plus son nom, le climat, la solitude, ce besoin de lien qu’on traîne tous. Le câble sous-marin devient une métaphore un peu évidente, d’accord, mais entre ses mains elle tient la route.
Il faut aimer sa manière, cela dit. McCann prend son temps, part dans des digressions, mêle les voix et les époques. Si vous cherchez un thriller nerveux sur une cyberattaque, passez votre chemin. Ici tout est plus lent, plus ample, plus contemplatif.
Mais quand ça marche, ça vous cueille. Il y a chez lui une empathie rare, une manière de rendre énorme un simple geste humain, qui explique pourquoi on le lit depuis vingt ans.
Pour moi, c’est l’un des plus beaux rendez-vous de cette rentrée étrangère. Et rien que l’idée de suivre un bateau qui recoud internet au fond de l’eau, franchement, ça donne envie d’y aller.
Crédit photo : Belfond





