
Il fallait un certain culot pour s’attaquer à ce livre-là. Mémoire de fille, publié par Annie Ernaux en 2016, revient sur l’été 1958, une colonie de vacances, et cette nuit avec le chef de colo où la honte, le désir et la violence se mélangent au point qu’on ne sait plus vraiment les démêler. Ernaux a mis presque soixante ans à poser ces mots. Judith Godrèche en tire un film, coécrit avec l’autrice elle-même, et il sort le 30 septembre.
La grande idée du film, c’est le double regard. Tess Barthélémy, la propre fille de Godrèche, joue Annie à dix-sept ans, celle qui découvre son corps et se trompe de désir. Valérie Dréville incarne l’Ernaux de 2020, revenue à Rouen pour une séance de dédicaces et rattrapée par ce qu’elle croyait rangé depuis longtemps. Le film passe de l’une à l’autre sans jamais transformer le souvenir en réquisitoire. C’est là que ça devient intéressant. Parce qu’on attendait Godrèche au tournant.
On la connaît désormais pour sa parole, celle qui a fait bouger le cinéma français après ses accusations contre Benoît Jacquot. On pouvait craindre le film-tribune, le pamphlet en costume d’époque. Sauf que voilà, ce n’est pas ça. Godrèche filme le trouble plutôt que la sentence, l’ambivalence d’une adolescente qui voulait plaire et s’est perdue en route. Ernaux, dans le livre, refusait déjà le mot facile. Le film garde cette prudence-là, et c’est tout à son honneur.
Le film part de ce texte : le récit d’Annie Ernaux d’où vient toute l’histoire.
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Présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes en mai dernier, il a divisé un peu et séduit beaucoup. La presse a salué la sincérité de l’entreprise et surtout la révélation Tess Barthélémy, qui porte le rôle sans jamais surjouer la victime. Télérama a parlé d’une adaptation « à l’os », au plus près du texte. La formule est juste : 117 minutes tendues, très peu de gras, une caméra qui reste à hauteur de peau.
Alors, est-ce que c’est pour vous ? Si vous aimez Ernaux, si le cinéma qui creuse la mémoire intime vous parle, foncez. Si vous cherchez une soirée légère, passez votre chemin, ce n’est franchement pas le programme. Mais il y a quelque chose de rare ici. Une mère qui filme sa fille jouant la jeunesse d’une autre femme, pour dire tout haut ce qu’on tait d’habitude. Ça ne se voit pas tous les jours.
Crédit photo : AlloCiné





