
On a tendance à croire qu’un discours suffit. Une standing ovation aux César, des larmes filmées en gros plan, et voilà, le monde aurait changé. La réalité est plus têtue.
Judith Godrèche le sait mieux que personne. Début 2024, en accusant publiquement les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon de violences sexuelles alors qu’elle était adolescente, elle a déclenché une vague #MeToo dans le cinéma français. Les deux hommes ont contesté ces accusations.
Son témoignage a fait effet de détonateur. D’autres comédiennes, d’autres techniciens, d’autres anonymes ont osé parler à leur tour. C’est précisément ce que produit une parole : elle en libère d’autres.
Le 23 février 2024, sur la scène des César, elle a prononcé un discours qui a marqué les esprits. Pas une saillie vengeresse, plutôt un appel posé à regarder en face ce que l’industrie préfère taire depuis des décennies.
Puis elle est allée plus loin que le symbole. L’actrice a témoigné devant la commission d’enquête parlementaire sur les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma. Là, on quitte le registre de l’émotion pour celui des mécanismes : qui savait, qui couvrait, qui se taisait.
Et c’est là que le bât blesse. Godrèche a déploré n’avoir jamais été contactée par les « personnes de pouvoir » du secteur depuis ses accusations. Le silence des puissants, voilà ce qui en dit long.
C’est tout le paradoxe de ces combats. L’opinion applaudit, les médias relaient, et pendant ce temps les structures, elles, bougent à peine. On célèbre le courage individuel d’autant plus facilement qu’il dispense de réformer le système.
Judith Godrèche raconte son parcours dans son récit :
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Elle a aussi porté sa colère ailleurs, en transformant ces récits en cinéma avec un projet présenté à Cannes. Manière de reprendre la main, de raconter elle-même au lieu d’être racontée.
Ce qui frappe, chez elle, c’est cette obstination tranquille. Pas de posture de martyre, pas de surenchère. Juste une femme qui refuse que l’histoire se referme avant d’avoir produit des effets concrets.
Car le risque est connu. Le risque, c’est que #MeToo cinéma français devienne une parenthèse médiatique, un moment d’émotion partagée, vite digéré, vite oublié. Que les hommages remplacent les sanctions.
Deux ans plus tard, le procès médiatique a eu lieu, mais le ménage dans les pratiques reste largement à faire. Les tournages n’ont pas tous mis en place les garde-fous promis. Les habitudes ont la vie dure.
Alors oui, le combat continue, et il ne s’agit pas d’une formule. Il continue parce qu’une vague d’indignation ne vaut que par ce qu’elle laisse derrière elle une fois retombée.
Ce que Godrèche rappelle, au fond, c’est une évidence inconfortable : la libération de la parole n’est qu’un début. Le plus dur, transformer cette parole en changement réel, commence seulement maintenant. Et ça, aucune ovation ne le fera à notre place.
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