
Il aura fallu attendre dix-neuf ans. En 2007, Cristian Mungiu repartait de Cannes avec la Palme pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, ce huis clos glaçant sur l’avortement clandestin dans la Roumanie de Ceausescu. Le voilà qui remet ça avec Fjord, sacré en mai dernier, et qui débarque enfin dans nos salles le 19 août grâce au Pacte. Deux Palmes, c’est un club minuscule. Ils ne sont qu’une poignée de cinéastes à avoir réussi ce doublé.
Le pitch tient en une phrase, mais il vous cueille. Une famille s’installe dans un village perdu au fond d’un fjord norvégien. Lui, Mihai, est roumain, joué par Sebastian Stan. Elle, Lisbet, est norvégienne et revient sur ses terres, avec Renate Reinsve dans le rôle, la révélation de Julie (en 12 chapitres). Tout va bien, jusqu’au jour où des voisins bien intentionnés s’inquiètent du sort de leurs enfants. Et là, la machine sociale norvégienne s’enclenche, implacable, au nom du bien de l’enfant.
Mungiu filme une société qui prêche la tolérance et l’ouverture, mais qui broie sans état d’âme celui qui sort du rang. Le sujet est brûlant, le traitement volontairement inconfortable. Le film ne prend pas parti et ne vous tend aucune réponse toute faite. C’est précisément ce qui a mis Cannes en ébullition, avec une ovation de douze minutes d’un côté, et de l’autre des critiques qui l’ont détesté. Le Guardian lui a collé un sévère 2 sur 5, en parlant d’un film mou et sans relief. Difficile de faire plus clivant pour une Palme, qui a quand même raflé au passage le prix de la critique et celui du jury œcuménique.
Envie de retrouver Renate Reinsve, la mère du film ? Elle crevait déjà l’écran dans ce bijou norvégien qui lui a valu le prix d’interprétation à Cannes.
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Personnellement, ce genre de cinéma me parle. 146 minutes, c’est long, et Mungiu ne fait aucun effort pour vous rendre les choses agréables. Ses plans-séquences vous laissent mariner dans le malaise, sans musique pour vous tenir la main. Sauf que voilà, c’est aussi là que réside sa force. Il vous oblige à penser, à choisir un camp, puis à douter de votre choix.
Fjord n’est clairement pas un film de plage. Si vous cherchez du réconfort en cette mi-août, passez votre chemin. Mais si vous aimez qu’un film vous travaille encore trois jours plus tard, celui-là est fait pour vous. Et puis voir Sebastian Stan troquer les blockbusters Marvel pour un drame roumano-norvégien aussi exigeant, ça mérite au moins le coup d’œil.
Crédit photo : Le Pacte





