
En 2006, Sofia Coppola avait fait quelque chose d’assez culotté. Filmer une reine de France avec des baskets Converse qui traînent dans un coin, une bande-son New Order et Bow Wow Wow, et Kirsten Dunst qui goûte les macarons comme une ado à qui on aurait donné les clés d’un royaume. À Cannes, une partie de la salle avait sifflé. On lui reprochait un film futile, tout en surface, une pochette de disque plus qu’un vrai portrait historique.
Vingt ans plus tard, c’est Versailles lui-même qui lui déroule le tapis. À partir du 22 septembre et jusqu’au 24 janvier, le château installe une exposition entière au Petit Trianon, là où Marie-Antoinette venait justement fuir l’étiquette, et où Coppola avait tourné une bonne partie de son film. Le lieu ne doit rien au hasard. C’est le décor rêvé pour raconter comment une cinéaste américaine s’est appropriée un mythe français.
On y trouve les carnets de tendances de la réalisatrice, ses premiers moodboards, des documents de travail, des morceaux de décors reconstitués. Et surtout les costumes de Milena Canonero, cette immense créatrice qui a décroché l’Oscar du meilleur costume pour ce film-là, en 2007. Des robes pastel, des souliers, des accessoires qui ont autant marqué la mode que le cinéma. Coppola a d’ailleurs mis la main à la pâte pour concevoir le parcours, avec Cartier au générique des mécènes.
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Ce qui est amusant, c’est le retournement. À l’époque, on trouvait le film trop léger. Aujourd’hui on relit sa manière de mélanger les époques, la pop et la poudre, comme une intuition plutôt fine sur la jeunesse et le poids d’un rôle qu’on n’a pas choisi. Le portrait d’une gamine enfermée dans un décor doré, ça parle finalement à pas mal de monde.
Faut-il pour autant sortir les mouchoirs devant les vitrines ? Non. Une expo de costumes reste une expo de costumes, et le Petit Trianon n’est pas donné à visiter. Mais pour qui aime le cinéma autant que l’Histoire, voir en vrai ces robes dans les pièces où elles ont été filmées a quelque chose d’assez vertigineux. Le fantôme du film qui revient hanter les vraies pierres.
Bref, si vous aviez rangé ce Marie-Antoinette au rayon des jolies bêtises, c’est peut-être le moment de lui redonner sa chance.
Crédit photo : Columbia Pictures / Sony Pictures





