Culture

Le quai Branly déplie les plumes des oiseaux de paradis, et raconte cinq siècles de fascination un peu coupable

posted by Vincent 16 septembre 2026
Affiche de l'exposition Plumes du paradis au musée du quai Branly, avec un oiseau de paradis aux couleurs vives

Il y a des expositions qu’on visite pour la beauté brute, sans arrière-pensée. Plumes du paradis, au musée du quai Branly jusqu’au 8 novembre, en fait partie. Mais pas seulement. Derrière les reflets bleus et or de ces oiseaux, il y a toute une histoire d’obsession humaine.

Le sujet, c’est le paradisier. Un oiseau de Nouvelle-Guinée dont les mâles arborent des plumes tellement spectaculaires que, pendant longtemps, les Européens ont refusé de croire qu’un tel animal existait vraiment. Quarante-cinq espèces sont convoquées ici, à travers près de 190 pièces.

Et c’est là que l’exposition devient vraiment intéressante. Elle ne se contente pas d’aligner de jolis spécimens naturalisés. Elle remonte le fil.

D’abord la Nouvelle-Guinée elle-même, où ces plumes n’ont jamais été un simple ornement. Coiffes cérémonielles des Hautes-Terres, parures qui disent le rang, le statut, le sacré. L’exposition a d’ailleurs été pensée avec des scientifiques et des artistes originaires de l’île, ce qui change beaucoup de choses sur le regard porté.

Ensuite les routes commerciales. Ces plumes ont voyagé pendant des siècles vers l’Asie, puis vers l’Europe, jusqu’à devenir un accessoire de mode très prisé. La Belle Époque parisienne en a été folle. Chapeaux, coiffes, robes de soirée : la plume de paradisier valait de l’or, et les plumassiers en ont fait un art à part entière.

Plumes du paradis (catalogue de l'exposition)

Pour prolonger la visite, le catalogue officiel de l’exposition reprend l’odyssée de l’oiseau et ses reflets impossibles :

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Sauf que cette folie a un revers, et l’exposition ne le cache pas. Cette demande a failli décimer certaines espèces. On admire donc ces parures somptueuses tout en sachant ce qu’elles ont coûté. C’est un peu vertigineux, franchement.

La scénographie joue sur l’ombre et la lumière pour faire ressortir les reflets, avec cette idée de recréer la canopée sans tomber dans l’immersion tape-à-l’œil. On respire, on prend le temps. Comptez une bonne heure, une heure et demie si vous lisez tout.

Ce qui m’a plu, c’est justement ce mélange. On vient pour les oiseaux, on repart en ayant croisé de l’ethnologie, de l’histoire naturelle, de la mode et un vrai questionnement sur notre rapport au vivant. Rien d’ennuyeux là-dedans, tout coule.

Pour une sortie de rentrée, c’est une belle proposition. Accessible aux enfants, riche pour les adultes, et suffisamment courte pour ne pas épuiser. Si vous passez par le 7e arrondissement d’ici novembre, ça vaut le détour.

Crédit photo : Musée du quai Branly – Jacques Chirac

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