
Le Grand Palais range dimanche soir une exposition qu’on ne reverra pas de sitôt. Il vous reste quatre jours.
Le sujet, ce sont les treize dernières années du peintre, de 1941 à sa mort en 1954. Ça paraît étroit comme découpage. C’est en réalité la période où tout se rejoue.
En janvier 1941, Matisse subit à Lyon une opération très lourde dont personne ne le croyait capable de se relever. Il s’en sort, parle d’une seconde vie, et passe une bonne partie de ses journées au lit ou en fauteuil. Un peintre qui ne tient plus debout devant un chevalet devrait logiquement s’arrêter là. Lui attrape des ciseaux et invente autre chose.
Ce sont les gouaches découpées, et le principe est d’une simplicité désarmante : des feuilles peintes à la gouache par ses assistantes, taillées directement dans la couleur, épinglées au mur, déplacées, recomposées pendant des semaines. Matisse appelait ça dessiner avec des ciseaux. À près de 80 ans, il en tire un langage complet, avec ses règles et ses monuments.
Le Grand Palais en a réuni plus de trois cents pièces, avec le Centre Pompidou, sous le commissariat de Claudine Grammont. Vous y verrez les Nus bleus, La Tristesse du roi, Zulma, La Danseuse créole, les grands panneaux comme Les Acanthes et La Gerbe, l’album Jazz, les Intérieurs de Vence, et tout le chantier de la chapelle du Rosaire, vitraux et chasubles compris.
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C’est cette dernière partie qui surprend le plus. On a tendance à ranger la chapelle de Vence dans la case du caprice mystique d’un vieux monsieur. Vue de près, avec les maquettes et les essais de vitraux, c’est un projet sur la lumière, et probablement le vrai testament du bonhomme.
Deux réserves quand même. Le parcours est dense, vraiment dense, et les salles de livres illustrés demandent une attention que vous n’aurez plus au bout d’une heure et demie. Et à quatre jours de la fermeture, il faut s’attendre à regarder les Nus bleus par-dessus trois rangées d’épaules.
Le billet est à 19 euros, 16 en tarif réduit, gratuit jusqu’à 18 ans, du mardi au dimanche. La nocturne du vendredi jusqu’à 22 heures est sans doute le meilleur créneau qui reste.
Si vous n’avez le temps que pour une chose, filez droit aux dernières salles. Voir La Tristesse du roi et les grands panneaux dans la même respiration, ça remet une carrière entière à l’endroit. Un homme qui n’arrive plus à marcher fabrique les images les plus vivantes de son siècle. Il y a pire comme sortie de dimanche.
Crédit photo : Grand Palais / Centre Pompidou





