Culture

Laura Kasischke noie un enfant dans la piscine du quartier le jour où Apollo 11 file vers la Lune, et refait surface treize ans après

posted by Vincent 17 août 2026
Couverture du roman Baignade surveillée de Laura Kasischke, éditions Gallimard, collection Du monde entier

On avait presque fini par croire que Laura Kasischke n’écrirait plus de roman. Depuis Esprit d’hiver, ce huis clos glaçant qui l’avait imposée en France en 2013, plus rien côté fiction, ou si peu. La revoilà le 28 août chez Gallimard avec Baignade surveillée, traduit par Céline Leroy, et autant le dire tout de suite, l’attente valait le coup.

Tout se joue le 16 juillet 1969. Ce jour-là, le monde entier a les yeux collés à une fusée qui décolle vers la Lune. Et pendant que l’Amérique retient son souffle devant sa télé, à Mission Hills, banlieue pavillonnaire comme il en existe des milliers, le petit Richie Manning se noie dans la piscine bleu lagon flambant neuve du quartier. Il y a bien une maître-nageuse, une étudiante blonde aux jambes bronzées. Elle était là. L’enfant, lui, ne respire plus.

À partir de ce drame minuscule, écrasé sous le grand récit de la conquête spatiale, Kasischke déroule ce qu’elle sait faire mieux que personne. Fissurer le vernis. Les pelouses impeccables, les façades trop calmes, les sourires de voisinage, tout ça craque doucement. Dessous, il y a les fractures de classe, une violence sourde, et surtout cette machine bien huilée qui se met en route pour fabriquer un coupable présentable. La presse s’en mêle, les ragots aussi, et vous voyez très vite comment le sexisme, la morale religieuse et la peur collective finissent par désigner qui il faut.

Baignade surveillee, Laura Kasischke (Gallimard)

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Ce n’est pas une enquête. C’est un vertige. Kasischke ne cherche pas le coupable façon polar, elle installe un malaise qui monte, page après page, sur une seule journée qui n’en finit pas de se retourner. C’est diablement bien mené, même si le procédé finit par se voir un peu. À force d’annoncer les catastrophes à venir, de semer ses insectes, ses reflets et ses objets perdus, l’autrice laisse parfois affleurer la mécanique. On lui pardonne.

Pour qui, du coup ? Pour celles et ceux qui aiment quand un fait divers en dit plus long sur un pays que n’importe quel essai. Si vous aviez adoré Esprit d’hiver, foncez. Et si vous ne connaissez pas encore Kasischke, c’est une très bonne porte d’entrée. Un livre d’été, oui, mais l’été qui vire au cauchemar.

Crédit photo : Gallimard

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