Culture

Annette Messager glisse ses peluches trafiquées parmi les trophées de chasse, et le musée n’a jamais été aussi vivant

posted by Vincent 17 août 2026
Waiting You (2023) d'Annette Messager, peluche cousue posée sur une chaise noire, exposition au Musée de la Chasse et de la Nature

Il vous reste jusqu’au 20 septembre. Après, ça ferme, et croyez-moi, ce serait dommage de passer à côté.

Le Musée de la Chasse et de la Nature, dans le Marais, a confié ses salles à Annette Messager jusqu’à la fin de l’été. Le titre, emprunté au proverbe, annonce déjà la couleur : « Une hirondelle ne fait pas le printemps ». Ironique, un peu doux-amer, très elle.

Messager, il faut la situer pour ceux qui la connaissent mal. C’est l’une des plus grandes artistes françaises vivantes, Lion d’or à la Biennale de Venise en 2005, Praemium Imperiale en 2016, une sorte de Nobel des arts. Depuis les années 70, elle coud, elle épingle, elle assemble des peluches, des bouts de tissu, des photos. Un vocabulaire enfantin détourné vers quelque chose de bien plus trouble.

Ce que fait le commissaire Colin Lemoine, c’est prendre cette œuvre par un angle qu’on n’avait jamais vraiment creusé : l’animalité. Plus de 80 pièces, une quinzaine de salles, avec des intitulés qui donnent le ton. « Transports amoureux », « Capture et captivité », « Sang des bêtes », « Sauvagerie domestiquée ». On comprend tout de suite qu’on ne va pas juste regarder des jouets mignons.

Annette Messager (monographie, Catherine Grenier)

Pour prolonger la visite, la monographie de référence signée Catherine Grenier retrace cinquante ans de peluches cousues et d’effigies troubles.

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Et c’est là que le lieu fait tout. Ses peluches cousues, ses effigies molles, ses bestioles hybrides, on ne les accroche pas dans un cube blanc. On les pose au milieu des trophées empaillés, des sangliers figés, des collections permanentes du musée. Le dialogue est saisissant. D’un côté l’animal chassé, tué, naturalisé. De l’autre l’animal rêvé, recousu, câliné jusqu’au malaise.

Quelques pièces valent le détour à elles seules. Waiting You, de 2023, une créature assise qui attend, avec ces deux mots peints sur le ventre. Douze petites effigies, qui date de 1990. Ou La Revanche des animaux, où les bêtes en peluche semblent prêtes à reprendre leurs droits.

Alors oui, c’est parfois dérangeant, et c’est voulu. Messager n’a jamais fait dans le décoratif. Elle touche à l’enfance, à la cruauté, au désir, sans jamais appuyer trop fort. On ressort un peu remué, avec cette impression bizarre que les peluches nous regardaient autant qu’on les regardait.

Pour un adulte curieux, c’est une des belles sorties parisiennes de l’été. Le Marais, un hôtel particulier magnifique, une grande artiste chez elle. Vous avez jusqu’au 20 septembre, donc.

Crédit photo : Musée de la Chasse et de la Nature / Fondation François Sommer

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