
Il y a vingt ans, un grand type en béquilles posait sa voix grave sur un piano et inventait, presque sans le vouloir, le slam grand public à la française. Midi 20, c’était 2006. Depuis, Fabien Marsaud a vendu des millions de disques, coréalisé des films primés, rempli les Zéniths. Et le voilà qui ressort, ce 18 septembre, un neuvième album studio au titre tout simple : Voir la mer.
Seize titres, cinquante-deux minutes, écrits pour une bonne part à Montréal. C’est peut-être ça, le vrai sujet du disque. Partir loin de Saint-Denis, de ses repères, du quartier qu’il a tant raconté, histoire de voir ce qui reste une fois le décor enlevé. Ce qui reste, c’est la parole, toujours aussi précise, et une douceur qu’on ne lui connaissait pas à ce point.
Car Voir la mer est un album calme. La colère des débuts a laissé place à quelque chose de plus contemplatif, presque un bilan. On y parle d’amour, de famille, du temps qui file, et il y a même une chanson qui s’appelle 20 ans plus tard, clin d’œil assumé à Midi 20. Pour les arrangements, il s’offre un vrai bain de genres : du piano feutré, forcément, mais aussi de la soul, du funk, un peu de disco. C’est varié, soyeux, et ça coule tout seul.
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Côté invités, il a vu large et bien. Cœur de pirate sur L’hiver, Mentissa sur Ça ira, le rappeur SDM sur Traces, le jeune Styleto sur Le prochain rêve. Des duos qui ne sentent pas le featuring calculé, plutôt des rencontres qui tiennent debout.
Est-ce que tout est parfait ? Non. À force de chercher l’apaisement, l’album manque parfois d’une aspérité, d’un morceau qui gratte pour de bon. Le plus engagé, Pas de fatalité, rappelle d’ailleurs qu’il sait encore mordre quand il veut. On aurait aimé un peu plus de ça.
Mais bon, ce n’est pas le projet. Voir la mer, c’est le disque d’un homme qui a fait la paix avec son parcours et qui a juste envie de respirer. Le Devoir lui a mis quatre étoiles sur cinq, et on comprend pourquoi. Si vous avez grandi avec Midi 20, celui-là vous parlera forcément. Et si vous le découvrez maintenant, c’est une jolie porte d’entrée.
Crédit photo : Anouche Records





