Culture

Amélie Nothomb adopte un perroquet et en tire sa fable la plus cruelle depuis longtemps

posted by Vincent 1 octobre 2026
Couverture du roman L'adolescence du perroquet d'Amélie Nothomb, éditions Albin Michel

Chaque fin d’été, c’est pareil. Amélie Nothomb débarque en librairie avec un roman court et ce chapeau noir qu’on lui connaît, et on fait semblant d’être surpris. L’adolescence du perroquet est son 35e livre, paru le 19 août chez Albin Michel, 160 pages, 18,90 euros. On peut trouver le rituel un peu mécanique. On peut aussi, comme moi, continuer d’ouvrir le livre chaque année avec la même curiosité.

Cette fois, elle raconte Alban. Un chroniqueur radio quadragénaire, solitaire, dingue du Louvre, orphelin depuis ses dix-sept ans après la disparition de ses parents. Un jour il tombe sur une petite annonce et décide d’adopter un perroquet gris du Gabon. Jo, l’oiseau en question, se révèle d’une intelligence déconcertante. Et là où vous attendez une jolie histoire d’amitié entre un homme seul et son volatile, Nothomb fait exactement l’inverse.

Parce que le perroquet, justement, n’aime pas sur commande. Alban veut en faire son enfant, lui donner tout, être aimé en retour. Sauf que l’affection ne se décrète pas, elle se mérite, elle se dérobe. « L’amour n’est pas un dû », résume l’autrice, et c’est toute la colonne vertébrale du bouquin. Sous la fable rigolote se cache un truc beaucoup plus sombre sur la dépendance affective et le besoin de posséder l’autre.

L'Adolescence du perroquet, Amélie Nothomb (Albin Michel)

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C’est là que Nothomb reste redoutable. En moins de 200 pages, avec un dispositif qui frôle l’absurde, elle parle de solitude et de domination sans jamais appuyer. La presse a parlé d’un roman qui « secoue, griffe et mord par endroits », et c’est assez juste. On sourit beaucoup, puis on se rend compte que le sourire était un piège.

Alors oui, les lecteurs sont partagés. Certains trouvent ça mineur à côté de ses grands romans, d’autres y voient un petit bijou grinçant. Je penche plutôt du second côté. Ce n’est pas le Nothomb qui vous retournera, mais c’est un de ceux où son venin passe le mieux, parce qu’il avance masqué derrière un perroquet qui répète des mots.

À lire en une soirée, donc, si vous aimez quand une histoire mignonne vous laisse un arrière-goût un peu amer. Et si vous avez déjà aimé quelqu’un en espérant que ça suffise à être aimé en retour, vous risquez de reconnaître pas mal de choses chez ce pauvre Alban.

Crédit photo : Albin Michel

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