Culture

Amélie Nothomb confie un perroquet à un célibataire et transforme ça en petit précis sur l’amour qu’on ne nous doit pas

posted by Vincent 24 septembre 2026
Couverture du roman L'adolescence du perroquet d'Amélie Nothomb (Albin Michel)

Trente-cinquième roman, même rituel de septembre. Amélie Nothomb est de retour depuis le 19 août avec L’adolescence du perroquet, chez Albin Michel, 160 pages à 18,90 euros et un tirage qui frôle les 150 000 exemplaires. Autant dire qu’elle n’a plus rien à prouver, et ça se sent jusque dans le sujet, complètement barré sur le papier.

Le pitch tient en une image. Alban, chroniqueur radio quadragénaire, passionné du Louvre, seul depuis ses dix-sept ans, se retrouve à garder Jo, un perroquet gris du Gabon qu’une voisine lui refile un peu en douce. Jo, c’est l’oiseau réputé le plus intelligent du monde, celui qui imite les voix et invente des mots. Sauf que voilà, l’animal entre dans l’adolescence, et là, ça se gâte.

Nothomb tient sa mécanique préférée. Un huis clos, un rapport de force, quelqu’un qui aime sans qu’on le lui rende. Le perroquet tape sur l’écran d’ordinateur d’Alban comme un pivert sur un tronc, refuse les câlins, impose ses règles. C’est franchement drôle, et sous la drôlerie il y a la vraie question du bouquin : qu’est-ce qu’on fait quand on donne tout et qu’on ne reçoit rien en retour.

L'Adolescence du perroquet

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L’exergue le dit sans détour : « L’amour n’est pas dû. » Toute la rentrée de Nothomb est là-dedans. Elle parle de solitude, de domination douce, de cette manière qu’on a de projeter nos manques sur un être qui n’a rien demandé. Et l’art, le Louvre d’Alban, qui vient recoller les morceaux quand le cœur lâche.

Est-ce que c’est son meilleur ? Non, et il faut être honnête là-dessus. Plusieurs critiques trouvent le cru 2026 un peu plus sage, moins vertigineux que certains de ses grands crus. Après des livres très autobiographiques, elle revient à la pure fiction, et ça se lit en un souffle, presque trop vite. Cent soixante pages, comme d’habitude, avalées dans l’après-midi.

Mais bon, c’est du Nothomb qui fonctionne. Mordant, cocasse, un peu cruel, avec ce fond mélancolique qui rattrape le lecteur au moment où il ne s’y attend pas. Si vous êtes déjà client de la maison, vous ne serez pas déçu. Si vous n’avez jamais lu, c’est une porte d’entrée courte et maligne, à lire une tasse de thé à la main, en surveillant votre chat du coin de l’œil au cas où il se prendrait pour un perroquet.

Crédit photo : Albin Michel

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