Idées

Un premier roman rafle le prix FNAC, puis se fait accuser d’avoir été écrit par une IA, et plus personne n’arrive à trancher

posted by Vincent 29 septembre 2026
Couverture du roman C'etait ca ou mourir de Thelyson Orelien avec le bandeau Prix du roman FNAC 2026

Le 21 septembre, Thélyson Orélien recevait le prix du roman FNAC pour « C’était ça ou mourir », son premier livre, paru chez Grasset le 19 août. Sur le papier, l’histoire est belle. Un auteur canado-haïtien, un récit d’exil qui suit Jonas Dorléon, prof d’histoire-géo forcé de fuir Port-au-Prince, la traversée du Darién, l’Amérique latine, l’espoir du Canada. De quoi cocher toutes les cases de la rentrée, avec en prime des sélections au Goncourt, au Renaudot, au Femina et au Médicis.

Trois jours plus tard, tout s’effondre.

Un compte anonyme sur X, « Balance ton Claude », publie des captures du détecteur Pangram : 100 % d’IA, passage après passage. Le message dépasse les trois millions de vues en deux jours. On apprend ensuite que derrière le pseudo se cache Samuel Fitoussi, essayiste et chroniqueur au Figaro. Et le 25 septembre, l’Académie Goncourt retire carrément le roman de sa sélection, évoquant un texte « très largement » produit par une intelligence artificielle, plus des soupçons de plagiat repérés dans d’anciens écrits de l’auteur. Le prix Strasbourg Espoir, décerné un mois plus tôt, lui est retiré juste après.

Orélien, lui, dénonce des attaques racistes et jure que ce style, c’est le sien. Grasset et son éditeur québécois Boréal démentent tout usage d’IA.

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C’est là que ça devient vraiment intéressant. Parce qu’un détecteur comme Pangram, ou GPTZero, ça se trompe. Souvent, même. Ces outils repèrent une écriture trop lisse, trop régulière, et flaggent à tour de bras des textes parfaitement humains. La Déclaration d’indépendance américaine passe pour de l’IA sur certains d’entre eux. Un « 100 % IA » ne prouve rien, il pointe une probabilité, calculée par un modèle qu’on ne peut même pas ouvrir.

Le plagiat, c’est une autre affaire. Plus concrète, plus embêtante pour l’auteur.

Ce qui me frappe, c’est qu’on assiste en direct à la première grande panique littéraire de l’ère IA. Un jury prestigieux retire un prix sur la foi d’une capture d’écran virale, avant la moindre expertise sérieuse. On ne saura peut-être jamais qui a écrit quoi, et c’est ça, le vertige : on vient d’entrer dans une époque où le simple soupçon suffit à démolir un livre.

À lire, du coup. Ne serait-ce que pour vous faire votre propre avis avant que la meute ne décide à votre place.

Crédit photo : Editions Grasset

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