
On connaissait Jean-Philippe Toussaint pour ses narrateurs contemplatifs, ces types un peu à côté du monde qui regardaient couler le temps depuis une baignoire ou un aéroport. Le voilà qui débarque le 27 août chez Minuit avec La Hantise, et pour une fois il lâche la loupe intérieure pour du récit qui file.
Le point de départ est presque un pitch de série. Le narrateur vient de perdre son père. Dans cet héritage-là, il tombe sur une masse de données qui met à nu un vaste réseau de corruption nationale. Autant dire qu’il se retrouve avec une bombe entre les mains, et des gens très motivés pour qu’il ne l’utilise jamais. En parallèle, il croise Yolanda Paul, dont il tombe amoureux, et qui pourrait bien être sa seule chance de passer entre les mailles du piège qui se referme.
L’histoire louvoie entre Paris et Bruxelles, deux villes que Toussaint connaît par cœur, avec ce qu’il faut de faux-semblants, de portes qui claquent et de silences chargés. Après La Clé USB et Les Émotions, il continue de laisser entrer le monde contemporain dans ses livres, la surveillance, la donnée, le pouvoir qui se cache derrière des tableurs. Sauf que cette fois il y ajoute la mécanique du thriller, la tension, la course.
Envie de vous faire votre propre idée ? Le roman paraît le 27 août chez Minuit.
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Ce qui accroche, sur le papier, c’est l’écart. Prendre un auteur réputé pour sa lenteur élégante et le mettre aux commandes d’un roman d’espionnage, ça pouvait très bien virer au pastiche. Les premiers retours de la presse parlent plutôt d’un livre nerveux, à l’atmosphère trouble, avec des personnages qui avancent masqués. La phrase de Toussaint, précise et un brin ironique, semble avoir trouvé un nouveau terrain de jeu sans se renier.
Reste une inconnue, forcément, tant que le livre n’est pas entre les mains des lecteurs. Toussaint n’a jamais été un auteur de rebondissements, et son plaisir a toujours été ailleurs, dans le détail, dans la digression. Le vrai suspense, c’est peut-être de voir s’il tient la corde du récit jusqu’au bout sans lâcher son style.
Pour qui aime les romans qui pensent en même temps qu’ils vous embarquent, ça vaut clairement le coup d’œil. Vous n’aurez pas un James Bond, plutôt un espion qui doute, et c’est souvent bien plus intéressant.
Crédit photo : Les Éditions de Minuit





