Culture

Émilie de Turckheim enferme une octogénaire dans son appartement de la rue Dante, et signe son roman le plus tendre

posted by Vincent 18 août 2026
Couverture du roman Fanny à la folie d'Émilie de Turckheim (JC Lattès)

Fanny a 82 ans et une idée fixe : elle ne quittera pas son appartement de la rue Dante, où elle vit depuis cinquante-neuf ans. Sa fille et son gendre, eux, ont déjà tout décidé. Ce sera la maison de retraite. Fanny, elle, préfère écrire.

C’est le point de départ de « Fanny à la folie », onzième roman d’Émilie de Turckheim, en librairie depuis ce 19 août chez JC Lattès. Et c’est l’un des textes les plus attachants de cette rentrée.

Le personnage, d’abord. Fanny est brillante, snob, paranoïaque, d’une mauvaise foi caustique. Le genre de vieille dame qui vous tient tête et qui a réponse à tout. Elle passe ses journées à rédiger une « Histoire mondiale des escaliers », persuadée que l’escalier a bouleversé nos vies bien plus que la roue. C’est absurde, c’est drôle, et ça en dit long sur sa façon de résister au temps qui la pousse dehors.

Le roman avance par monologues. Fanny parle à son mari décédé, elle parle à son aspirateur, elle déroule ses souvenirs : Pierre et ses haïkus, le grand amour, l’amitié brûlante avec Maud depuis l’adolescence. En face, sa fille se confie chez sa psychothérapeute. Entre les deux femmes, il y a tout ce qui n’a jamais été dit. Une transmission ratée, des reproches, des malentendus qui ont mis quarante ans à s’installer.

Fanny à la folie — Émilie de Turckheim

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Turckheim tient les deux bouts sans forcer. D’un côté l’humour assassin, les piques, la fantaisie d’une femme qui refuse d’être rangée. De l’autre un amour immense et inconsolable, un secret que le roman garde tapi jusqu’aux dernières pages. Je ne vous dirai rien de ce secret, bien sûr. Sachez juste qu’il donne au livre sa gravité, sous le rire.

Ce qui frappe, c’est le ton. On rit beaucoup, et puis d’un coup une phrase vous cueille. La vieillesse, la peur de finir en institution, la mémoire qui flanche mais qui s’accroche, tout ça pourrait plomber le récit. Turckheim en fait au contraire quelque chose de vif, presque joyeux, sans jamais verser dans le pathos.

C’est court, c’est nerveux, ça se lit d’une traite. Pour qui a déjà accompagné un parent vieillissant, certaines pages tapent juste. Pour les autres, c’est une belle porte d’entrée dans une œuvre trop discrète.

À 20,90 euros, vous en avez pour votre argent : de la folie douce, de l’émotion vraie, et une héroïne dont on n’a pas fini de se souvenir.

Crédit photo : JC Lattès

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