
Ça commence samedi. Le 4 juillet, le Festival d’Avignon souffle sa 80e bougie et, pour marquer le coup, Tiago Rodrigues n’a pas choisi la facilité. L’édition est placée sous le drapeau des questions, et la première d’entre elles vous saute au visage dès la Cour d’honneur du Palais des Papes : tiendrez-vous cinq heures ?
Parce que c’est Julien Gosselin qui ouvre le bal avec « Maldoror », une création fleuve qui tisse ensemble Lautréamont et Roberto Bolaño. Lautréamont, ce poète maudit du XIXe siècle dont « Les Chants de Maldoror » passent depuis toujours pour un texte immontable. Gosselin le monte quand même, du 4 au 12 juillet (relâche le 7). Programmer ça en ouverture d’un anniversaire, franchement, il fallait oser. Moi ça me donne envie.
Reste la question des reins, et des fesses. Cinq heures assis sur les gradins de la Cour d’honneur, sous le ciel du sud, prévoyez un coussin et de bonnes chaussures.
Cette année, la langue invitée est le coréen, après l’anglais, l’espagnol et l’arabe. La scène sud-coréenne bouillonne, et Avignon lui déroule le tapis. Le point d’orgue : Isabelle Huppert dans « Oiseau », une lecture-performance de 90 minutes autour de Han Kang, cette romancière coréenne qui a décroché le Nobel de littérature (on lui doit « La Végétarienne »). Mise en scène de Julie Deliquet, les 15 et 16 juillet. Huppert lisant Han Kang, c’est le genre de rencontre qu’on n’a pas deux fois.
Avant de voir Gosselin s’attaquer au monstre dans la Cour d’honneur, le mieux est encore de (re)lire Lautréamont dans le texte :
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Le reste du programme ne faiblit pas : 47 spectacles, environ 300 représentations, douze pays, et une majorité de femmes à la création (27 metteuses en scène, contre 16 hommes et 6 collectifs). Vous croiserez Rebecca Chaillon, Christiane Jatahy, l’acteur brésilien Wagner Moura. Benjamin Clementine donne un concert unique le 19 juillet. Et le cirque du Collectif XY referme la scène avec « Le Pas du Monde », du 22 au 25 juillet.
Le vrai bonheur, c’est que tout ça est tenable. Les billets vont de 7 à 64 euros, la carte Festival coûte 25 euros et tombe à 1 euro symbolique pour les moins de 26 ans. Avignon peut intimider, avec ses cloîtres historiques, sa Carrière de Boulbon et son vocabulaire d’initiés. Mais le festival tend vraiment la main aux débutants.
Et pour les increvables, il y a « l’Aube des questions » : le 26 juillet à 5h du matin, Christiane Taubira et Boris Charmatz vous attendent pour finir la nuit debout.
Crédit photo : Festival d’Avignon





