
Agnès Varda est morte en mars 2019. Elle avait 90 ans, une curiosité intacte et une caméra dans la main depuis 1954. Soixante-cinq ans de cinéma, d’installations, de photographies, de courts métrages, de documentaires — un corpus d’une cohérence et d’une originalité rares.
Depuis sa mort, quelque chose s’est accéléré. Les rétrospectives se multiplient, les expositions aussi.
Le musée Carnavalet à Paris lui a consacré une exposition jusqu’en août 2025, restituant le Paris qu’elle a filmé, photographié, arpentée pendant des décennies. À Rodez, le musée Soulages a présenté « Je suis curieuse. Point » jusqu’en janvier 2026 — une formule qui pourrait résumer toute une esthétique. Et à Rome, la Villa Médicis accueille depuis mars 2026 « Viva Varda », une traversée complète de son oeuvre qui court jusqu’en janvier 2027.
Ce n’est pas un hasard. Varda redevient visible parce que l’époque commence à avoir les outils pour la lire correctement.
Pendant longtemps, elle a été rangée dans une case commode : la « dame de la Nouvelle Vague », compagne de Jacques Demy, pionnière par défaut. Une étiquette qui rendait hommage à sa précocité tout en minimisant la radicalité de son travail.
Son premier film, « La Pointe Courte », date de 1954 — avant Godard, avant Truffaut, avant que la Nouvelle Vague ait un nom. Elle a inventé quelque chose avant même que le mouvement existe.
Et elle n’a jamais arrêté d’inventer. « Sans toit ni loi » en 1985, Lion d’or mérité à Venise. « Les Glaneurs et la glaneuse » en 2000, documentaire sur les récupérateurs de déchets qui devient une réflexion sur le regard lui-même. « Visages villages » en 2017, tourné avec JR, qui lui a valu une nomination aux Oscars à 88 ans.
Ce qui caractérise Varda, c’est le refus de la hiérarchie entre les formats et les sujets. Un court métrage vaut un long. Un marché de rue vaut une exposition d’art. La curiosité ne se classe pas par ordre d’importance.
Elle était aussi la première réalisatrice à recevoir un Oscar honorifique pour l’ensemble de sa carrière, en 2017. Elle est montée sur scène avec ses sabots et son carré bicolore devenu signature. Elle avait 88 ans et trouvait ça franchement drôle.
Ce que les expositions actuelles montrent, c’est que son oeuvre n’a pas besoin d’être réhabilitée. Elle est là, entière, disponible. Il faut juste la regarder.
Et si vous ne savez pas par où commencer, le coffret « Tout(e) Varda » rassemble 22 films. Un programme pour plusieurs semaines.
Crédit photo : DR
22 films d’Agnès Varda en un seul coffret — par où commencer sinon par le début.
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