
Il y a des films qui vous prennent par surprise. Un grand raccourci, sorti en salles mercredi dernier, en fait partie, et son histoire hors de l’écran vaut presque celle qui se déroule dedans.
Armand Foëx et Clément Devilliers ont 22 ans, viennent de Nantes, et signent là leur premier long métrage après quelques courts faits à quatre mains. Le budget tient sur un timbre à l’échelle du cinéma français : 260 000 euros. Trois semaines de tournage dans les Côtes-d’Armor, neuf mois d’écriture, six de montage, et une équipe dont la moyenne d’âge frôle les 23 ans. Le tout monté en dehors des circuits habituels, sans les cases et les commissions par lesquelles passe d’ordinaire un premier film. Ils ont même documenté la fabrication sur Instagram, plus de deux cents vidéos, comme un making-of permanent.
Le résultat dure 1h21 et se passe dans le Kreiz Breizh, la Bretagne intérieure, celle qu’on traverse sans s’arrêter. Quatre jeunes y cherchent un avenir. Grégoire tente de sauver le restaurant familial qui coule. Son cousin Corentin, lui, monte une boîte de dératisation avec une idée assez géniale dans son culot : relâcher lui-même des rats pour se fabriquer une clientèle. Pas loin, Maeva refourgue des bijoux fantaisie au prix fort et embarque Louise, employée aux pompes funèbres, dans un concours de beauté local qu’elles comptent bien truquer.
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C’est bête, c’est débrouillard, et c’est exactement le genre de combines qu’on invente quand on a vingt ans et rien à perdre. Le film ne se moque jamais de ses personnages. Il regarde cette jeunesse rurale avec une tendresse qui ne verse pas dans le misérabilisme, et une drôlerie qui reste juste. Sara Montpetit, révélée côté québécois par Falcon Lake, y apporte une présence lunaire, entourée de Louise Labèque, François Le Bris et Jules Porier.
La presse a suivi. 3,6 de moyenne sur vingt-sept critiques, avec Libération, Les Inrocks et le Nouvel Obs à quatre étoiles, Le Monde, Télérama et les Cahiers un cran en dessous mais loin d’être fâchés. Les spectateurs, eux, tournent autour du quatre sur cinq.
Alors oui, c’est un premier film, et ça se sent parfois dans quelques raccords. Mais quel bol d’air. Voir deux gamins prouver qu’on peut faire du cinéma vivant avec presque rien, ça donne le sourire. Foncez, avant qu’il ne quitte l’affiche.
Crédit photo : UFO Distribution





