Culture

Phoebe Bridgers a mis six ans et la mort de son père pour accoucher de Lost Weekend, et c’est son disque le plus bouleversant

posted by Vincent 22 septembre 2026
Pochette de l'album Lost Weekend de Phoebe Bridgers

Six ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Phoebe Bridgers pour donner une suite à Punisher, ce deuxième album qui l’avait installée en 2020 comme la voix la plus fine de sa génération. Entre-temps il y a eu Boygenius, le trio monté avec Julien Baker et Lucy Dacus, une pluie de Grammy et une notoriété qui a fini par lui peser. Lost Weekend, sorti le 14 août dernier chez Dead Oceans, referme cette parenthèse. Et il le fait par le plus douloureux des chemins.

Le disque tourne autour d’une absence. Le père de Phoebe Bridgers est mort en décembre 2022, et ces seize chansons ne cherchent jamais à contourner le sujet. Elles avancent dedans, lentement, entre le deuil, l’amour qui se défait, une rupture qu’on devine liée à l’acteur Paul Mescal, et ce drôle de vertige d’être devenue une star qu’on reconnaît dans la rue. Le single de juin, Lost Boys, donnait déjà le ton : une ballade en apesanteur, presque murmurée, qui vous cueille sans prévenir.

Musicalement, c’est là que ça devient passionnant. Bridgers reste fidèle à sa folk fantomatique, mais elle l’ouvre cette fois vers l’électronique et des nappes ambient qui étirent les morceaux. Pour l’accompagner, elle a réuni un attelage impressionnant, d’Ethan Gruska à Jack Antonoff, en passant par Tony Berg et Alex G derrière la console, avec Bo Burnham, Maya Hawke ou le violoniste Chris Thile en renfort. On aurait pu craindre l’album trop produit, écrasé sous les invités. C’est l’inverse. Tout ce petit monde s’efface au service d’une intimité qui ne triche pas.

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La presse ne s’y est pas trompée. Metacritic affiche 91 sur 100, ce qui range Lost Weekend dans la catégorie des disques quasi unanimement salués, et le Guardian parle d’un album capiteux et déchirant, mais traversé malgré tout par une forme d’optimisme. C’est exactement ça. On sort de là remué, pas plombé.

Alors oui, ce n’est pas un album qu’on met en fond sonore un dimanche joyeux. Il demande de l’attention, du silence, un casque de préférence. Mais si vous aimez les disques qui prennent le temps de vous parler, celui-là est une évidence. Et pour l’entendre en vrai, la tournée The Lost Tour tourne un peu partout jusqu’en décembre.

Crédit photo : Dead Oceans

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