
Six ans. Voilà le temps qu’il aura fallu à Phoebe Bridgers pour donner une suite à Punisher, le disque qui l’avait installée en 2020 comme l’une des voix les plus fines de sa génération. Lost Weekend est arrivé le 14 août chez Dead Oceans, et l’attente n’a pas été trahie.
Seize titres, un peu moins de cinquante-trois minutes, et un album entièrement traversé par la mort de son père en 2022. Le deuil est le fil rouge, mais Bridgers ne s’y enferme pas. Elle parle aussi d’une rupture, d’anciennes fiançailles brisées, de sa relation compliquée à une célébrité qu’elle n’a jamais vraiment digérée, et puis, en creux, d’un nouvel équilibre amoureux. Le disque lui est dédié, à ce père disparu, et ça s’entend à chaque chanson.
Ce qui frappe, c’est le son. On connaissait la Bridgers de l’indie folk murmuré, guitare sèche et voix au bord des larmes. Elle est toujours là. Mais elle s’autorise cette fois des détours du côté de l’électronique et de l’ambient, avec une équipe de production qui donne le vertige : Jack Antonoff, Tony Berg, Ethan Gruska, Alex G, et elle-même aux commandes. Le résultat n’a rien d’un exercice de style. C’est juste plus riche, plus surprenant, sans jamais perdre l’intimité qui fait sa marque.
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Le casting d’invités raconte la même histoire de fidélité. Julien Baker et Lucy Dacus, ses complices de boygenius, sont là. Mais aussi Conor Oberst, mentor de toujours, Maya Hawke, Bo Burnham, ou le jeune Cameron Winter. Autant de voix qu’on croise sans qu’elles ne volent jamais la vedette.
Le premier extrait, Lost Boys, avait donné le ton dès juin. Depuis, la presse s’est emballée, et pas qu’un peu. Cinq étoiles chez le Guardian comme chez Rolling Stone, 8,4 chez Pitchfork, un 91 sur Metacritic qui range le disque parmi les mieux notés de l’année. Numéro un au Royaume-Uni, en Australie, en Nouvelle-Zélande. Pour une artiste réputée exigeante et loin des radios, c’est une jolie revanche.
Alors oui, il faut aimer la mélancolie, les chansons qui prennent leur temps, les textes qui creusent plutôt qu’ils ne consolent. Lost Weekend ne se donne pas à la première écoute, il se mérite un peu. Mais si vous cherchez le genre de disque qu’on écoute seul, la nuit, en laissant la journée retomber, celui-là vous accompagnera longtemps.
Crédit photo : Phoebe Bridgers / Dead Oceans





