Culture

Manuela Martelli lâche une gamine de neuf ans dans une station de ski chilienne, et Dégel resserre l’étau sans jamais hausser la voix

posted by Vincent 25 août 2026
Affiche officielle du film Dégel de Manuela Martelli, une fillette et deux chiens dans un paysage enneigé, mention Chili 1992

Il y a des films qui vous glacent sans un seul cri. Dégel, en salles ce mercredi, est de ceux-là. C’est le deuxième long-métrage de la Chilienne Manuela Martelli, révélée il y a deux ans par Chili 1976, et il confirme qu’on tient là une des voix les plus fines du cinéma actuel.

L’histoire se passe en 1992. Le Chili sort à peine de la dictature, Pinochet n’est plus président depuis deux ans mais il commande encore l’armée, et tout le monde fait comme si de rien n’était. Dans une station de ski isolée, Inès, neuf ans, passe l’hiver chez ses grands-parents qui tiennent un petit hôtel. Elle se lie d’amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d’Allemagne. Et puis Hanna disparaît. À partir de là, le film bascule doucement dans le thriller paranoïaque.

Ce qui est fort, c’est que Martelli ne filme jamais la violence de face. Tout passe par les silences, les regards fuyants des adultes, ce qu’on ne dit pas à table. La caméra reste à hauteur d’enfant, et c’est cette gamine qui, sans bien comprendre, se met à gratter le vernis. Maya O’Rourke, qui joue Inès, tient le film sur ses épaules avec un aplomb assez fou pour son âge.

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Il y a une image qui revient, celle d’un iceberg qu’on transbahute à travers le pays pour une expo internationale. Un pays qui se refait une façade présentable pendant que la glace, lentement, se met à fondre et à libérer ce qu’elle gardait enfoui. La métaphore est limpide sans être lourde, et elle résonne franchement fort par les temps qui courent.

On sort de là un peu sonné. Là où Chili 1976 racontait une époque précise, Dégel vise plus large, quelque chose d’universel sur le traumatisme qui se transmet de génération en génération. Présenté à Un Certain Regard au dernier festival de Cannes, il aurait eu sa place en compétition, et je ne dis pas ça à la légère.

Attention quand même, ce n’est pas un divertissement du samedi soir. Ça avance par ellipses, ça prend son temps, il faut accepter de rester dans le flou une bonne partie du film. Mais si vous aimez le cinéma qui vous laisse réfléchir plutôt que vous rassurer, foncez. 1h48, distribué par Les Films du Losange. Un des vrais rendez-vous de cette rentrée.

Crédit photo : Les Films du Losange

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