
On imagine souvent Tolkien penché sur des cartes inventées, des langues elfiques et des généalogies de rois. C’est vrai. Mais avant la Terre du Milieu, il y a eu une campagne anglaise bien réelle, celle de son enfance, qui a infusé dans chaque page du Seigneur des anneaux.
Tout commence du côté de Birmingham, à Sarehole, un hameau où le jeune Tolkien a vécu entre 1896 et 1900. Un moulin à eau du XVIIIe siècle, des prés, un ruisseau, des villageois. C’est là, dans ce décor paisible, qu’il situera plus tard la Comté et ses Hobbits tranquilles, attachés à leur terre et à leurs bons repas.
L’écrivain ne s’en cachait pas. Il racontait avoir grandi modestement mais heureux, à courir dans cette campagne, et avoir tiré l’idée des Hobbits des gens du village et des enfants qui l’entouraient. Bilbo et Frodon ont des cousins bien réels, quelque part dans la mémoire d’un petit garçon.
Non loin de là, le bois de Moseley Bog, où il jouait avec son frère, a nourri son imaginaire plus sombre. Les arbres serrés, les sentiers tortueux, l’humidité des sous-bois auraient inspiré la Vieille Forêt et la forêt de Fangorn, celle des Ents, ces arbres qui marchent et qui parlent.
Birmingham fournit aussi quelques silhouettes de pierre. Deux tours victoriennes, Perrott’s Folly et la tour de la station de pompage d’Edgbaston, auraient soufflé à Tolkien la vision de ces forteresses menaçantes qui hantent le récit. Difficile de ne pas y penser quand on lève les yeux vers Orthanc ou Minas Morgul.
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Et puis il y a le revers du décor. Tolkien a vu de ses yeux le Black Country, cette région industrielle voisine ravagée par les mines, les fonderies et les hauts-fourneaux. Fumées noires, terre brûlée, ciel sale. Le Mordor n’est pas sorti de nulle part. Il ressemble furieusement à ce que la révolution industrielle avait fait du paysage de son enfance.
C’est sans doute ça le plus émouvant chez Tolkien. Sa saga n’est pas qu’un divertissement d’heroic fantasy, c’est une déclaration d’amour à une campagne disparue et un cri de colère contre les machines qui la dévoraient.
Quand Saroumane rase les arbres pour alimenter ses forges, l’auteur ne décrit pas seulement une fiction. Il pleure les prés de Sarehole engloutis par l’expansion urbaine, les bois de son enfance grignotés par le béton.
Relire Le Seigneur des anneaux avec cette carte-là en tête change un peu la lecture. Derrière les batailles épiques et les anneaux maudits se cache un garçon qui voulait juste retrouver le moulin de Sarehole et ses étés d’avant la grande laideur du monde.
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