Culture

Hilma af Klint peignait l’abstraction avant Kandinsky, et le Grand Palais lui rend enfin justice

posted by Vincent 3 août 2026
Peinture abstraite d'Hilma af Klint, série Les Dix plus grandes, formes florales et spirales pastel sur fond orange

Il y a une injustice qui traîne depuis un siècle dans les manuels. On y apprend que l’art abstrait est né vers 1910, sous le pinceau de Kandinsky, Mondrian ou Malevitch. Sauf que voilà : une peintre suédoise avait franchi le pas plusieurs années avant eux, dans le plus grand secret. Elle s’appelait Hilma af Klint, elle est morte en 1944, et jusqu’au 30 août le Grand Palais lui consacre sa première grande rétrospective française.

Née en 1862, formée à l’académie des beaux-arts de Stockholm, af Klint mène d’abord une carrière parfaitement rangée de paysagiste et de portraitiste. Rien qui dépasse. Puis, à partir de 1906, elle bifurque complètement. Au sein d’un petit cercle de cinq femmes qui pratiquent le spiritisme et le dessin automatique, elle se met à couvrir d’immenses toiles de spirales, de fleurs stylisées, de pastels lumineux et de symboles cryptés. Ce sont les Peintures pour le Temple, un ensemble de plus de cent œuvres réalisées entre 1906 et 1915, dont la fameuse série des Dix plus grandes, ces panneaux de plus de trois mètres qui racontent les âges de la vie. Le commissaire Pascal Rousseau en a rassemblé plus d’une centaine, avec le concours du Centre Pompidou.

Le plus troublant, c’est qu’elle savait qu’on ne la comprendrait pas. Elle a demandé que ces tableaux restent cachés jusqu’à vingt ans après sa mort. Résultat, il a fallu attendre les années 1980 pour qu’on les redécouvre, et 2018 pour que le Guggenheim de New York en tire l’un des plus gros succès de son histoire.

Hilma af Klint, Paintings for the Future

Pour prolonger la visite, le beau livre de la rétrospective new-yorkaise qui l’a fait redécouvrir :

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Faut-il pour autant tout gober de sa mystique ? Non. Af Klint était persuadée que des entités spirituelles guidaient sa main, et cette part théosophique peut agacer, ou faire sourire. Mais on peut très bien laisser la table de spiritisme au vestiaire et regarder les toiles pour ce qu’elles sont : des compositions d’une audace folle pour l’époque, d’une douceur chromatique qui n’a pas pris une ride.

Allez-y sans connaître le dossier, laissez juste les couleurs vous attraper. C’est une des rares expos où l’on ressort avec le sentiment d’avoir vu quelque chose en avance sur son temps, peint par une femme qu’on a préféré oublier un peu trop longtemps. Il vous reste tout le mois d’août.

Crédit photo : Grand Palais RMN / Hilma af Klint

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