
Le 27 août, Elisa Shua Dusapin revient chez Zoé, l’éditeur qui l’avait révélée en 2016 avec Hiver à Sokcho. Sauf la frontière, 240 pages, 19 euros. Sauf que cette fois, ce n’est pas un roman. C’est un récit, du vécu, du reportage même par moments.
Tout part du 7 octobre 2023. Ce jour-là, l’autrice est à un festival littéraire à Beyrouth. Elle file vers le sud du Liban sans savoir encore ce qui vient de se déclencher de l’autre côté de la frontière israélienne. Quelques mois plus tard, elle décide de repartir. Elle s’installe à Amman, apprend l’arabe, participe à des ateliers de plomberie avec des Jordaniennes, croise des réfugiés syriens, recueille des paroles palestiniennes et israéliennes.
On la connaissait pour ses fictions feutrées, ses personnages entre deux langues, elle qui a grandi entre Paris, Séoul et la Suisse. La voilà qui pose son carnet au milieu d’une région à vif. Et le pari, franchement, est risqué : écrire sur cette zone-là, aujourd’hui, sans tomber dans la leçon de géopolitique ou dans le pathos.
Dusapin s’en sort par le bas, si j’ose dire. Par le concret. Peu de grands discours. Des faits, des odeurs, des bouts de conversation, une pénurie d’eau, un rendez-vous manqué. La guerre y devient une expérience intime plutôt qu’un concept abstrait, et c’est là que le livre attrape. Le portrait d’Asma, qui a monté une coopérative de plombières, vaut à lui seul le détour. L’autrice ne transforme personne en figure exemplaire. Elle laisse ses interlocuteurs compliqués, contradictoires, vivants.
Le récit est disponible chez Zoé, on le trouve aussi sur Amazon :
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La presse parle d’un texte tendu, sobre, profondément habité, et le mot juste serait peut-être l’économie. Tout est retenu. Le Prix du roman Fnac 2026 l’a d’ailleurs retenu dans sa sélection, ce qui ne gâche rien.
Il y a bien un bémol. Les passages où Dusapin raconte sa propre méthode, ses hésitations, ses portes closes, cassent parfois l’élan. On aimerait qu’elle avance. Mais bon, cette fragmentation dit aussi quelque chose de l’expérience qu’elle décrit : on ne circule pas librement dans une région coupée par les frontières.
Pour qui ce livre ? Pour celles et ceux qui veulent comprendre autrement, par le bas, par les gens, loin des plateaux télé. Ce n’est pas un livre confortable. C’est un livre honnête. Et par les temps qui courent, c’est déjà beaucoup.
Crédit photo : Éditions Zoé





