
On croit tous connaître la Statue de la Liberté. Le flambeau, la couronne, la silhouette verte au bout de Manhattan. Sauf que voilà, l’exposition que le musée d’Orsay lui consacre depuis le 15 septembre, et jusqu’au 31 janvier 2027, ne raconte presque pas la statue finie. Elle raconte les vingt ans de galère qui l’ont précédée.
Et c’est bien plus intéressant.
Auguste Bartholdi, le sculpteur alsacien derrière le monument, avait d’abord dessiné une tout autre oeuvre : une immense figure de femme drapée pour l’entrée du canal de Suez, en Égypte. Le projet capote. Il recycle l’idée, la retourne vers les États-Unis, et en fait un cadeau de la France pour le centenaire de l’indépendance américaine, prévu en 1876. La statue n’arrivera qu’en 1886, inaugurée le 28 octobre. Dix ans de retard, pour un objet de 93 mètres socle compris.
L’expo, salle 69, réunit une centaine d’oeuvres en six sections, montées avec le musée Bartholdi de Colmar. Le vrai plaisir, ce sont les coulisses. Maquettes en plâtre, photographies d’atelier, gravures de presse : on voit le cuivre martelé feuille par feuille, des mains posées à côté d’un doigt géant, les appels aux dons lancés des deux côtés de l’Atlantique. Parce que personne ne voulait payer. L’Union franco-américaine a passé des années à mendier les fonds, la France pour la statue, les Américains pour le socle.
Pour prolonger la visite, le catalogue officiel de l’exposition reprend maquettes, photos d’atelier et coulisses du chantier.
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Autre bonne surprise, on comprend enfin le rôle de Gustave Eiffel. Après la mort de Viollet-le-Duc, c’est lui qui imagine la charpente interne, ce squelette de fer qui laisse la peau de cuivre bouger sans se fissurer. La même intelligence structurelle que sa tour, trois ans plus tard.
Le parcours n’oublie pas le reste de l’oeuvre de Bartholdi, dont son fameux Lion de Belfort, histoire de rappeler qu’il n’était pas l’homme d’une seule statue.
À côté, au niveau 0, une expérience en réalité virtuelle occupe près de 700 mètres carrés. Vous pouvez vous en passer si la VR vous laisse froid, mais les retours sont bons.
Comptez de 0 à 16 euros, gratuit pour les moins de 26 ans. Pour une fois qu’une exposition sur une icône aussi rebattue prend le risque de montrer le chantier plutôt que le résultat, ça vaut le détour. Vous ressortirez en regardant la carte postale autrement.
Crédit photo : William Warby (CC BY 2.0)





