
Il y a des expositions qu’on se promet d’aller voir, et qu’on finit par rater parce qu’on a traîné. Celle-là ferme le 19 juillet, donc là, vraiment, c’est maintenant ou jamais. Depuis le 17 mars, Orsay a rassemblé une cinquantaine de toiles de Pierre-Auguste Renoir peintes entre 1865 et 1885, sous un titre un peu programmatique : « Renoir et l’amour. La modernité heureuse ».
Le prétexte, c’est un anniversaire. Le Bal du moulin de la Galette a 150 ans, et autour de cette scène de guinguette bondée, baignée de lumière et de flirt, le musée a construit tout un parcours sur la façon dont Renoir a peint le désir, les corps, la vie qui s’amuse.
Ce qui compte surtout ici, c’est la liste des prêts. Le Déjeuner des canotiers a quitté la Phillips Collection de Washington, ce qui n’arrive quasiment jamais. Les Parapluies sont venus de la National Gallery de Londres, la Danse à Bougival de Boston, la Grenouillère de Stockholm, la Promenade du Getty à Los Angeles. Voir toutes ces toiles dans la même enfilade de salles, ça ne se reproduira sans doute pas avant très longtemps.
Pour prolonger la visite a la maison, ce beau livre Taschen deroule toute l’oeuvre de Renoir en grand format.
Renoir, peintre du bonheur (Taschen) → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Bon, il faut le dire aussi : Renoir, ça peut agacer. Il y a chez lui un côté joues roses, chair heureuse et dimanche parfait qui frôle parfois la carte postale, et les esprits chagrins lui reprocheront toujours ce sucre. Le parcours ne cache rien de ce penchant, d’ailleurs. Mais vu de près, devant les vraies toiles, ça change tout. Le grouillement du Moulin de la Galette, la lumière qui tremble sur les visages, cette impression que tout le monde vient de rire à une blague qu’on n’a pas entendue… c’est quand même autre chose qu’une reproduction sur un mug.
Le musée assume l’angle sentimental, et pour une fois ça fonctionne. On sort de là avec une idée très claire : un peintre qui a fait de la joie un vrai sujet, à une époque où la peinture sérieuse regardait plutôt ailleurs.
Comptez 17,50 euros le billet, réservez impérativement un créneau parce que c’est bondé, et allez-y en semaine si vous pouvez. Le dernier week-end risque d’être une belle cohue. Et si vous hésitez encore, dites-vous juste que le Déjeuner des canotiers repart à Washington aussitôt après. La prochaine fois, il faudra prendre l’avion.
Crédit photo : Musee d’Orsay (domaine public)





