
Il fait une chaleur à ne plus penser. Un camping des Landes, la fin du mois d’août, des ados qui traînent entre la piscine et la plage. Et Marouane, dix-sept ans, qui vient d’enterrer un corps dans le sable et passe sa dernière journée sur place à faire comme si de rien n’était.
C’est le point de départ de La Chaleur, en salles depuis le 8 juillet, signé Stéphane Demoustier. Le même que celui de La Fille au bracelet et de Borgo, qui aime décidément filmer la culpabilité et ce qu’elle fait aux gens ordinaires.
Le film adapte le premier roman de Victor Jestin, paru en 2019 et couronné du prix Femina des lycéens. Un livre court, tendu, qui tenait sur un fil et sur une moiteur permanente. Le pari du passage à l’écran n’était pas gagné : comment tenir 1h33 sur un gamin qui ne dit presque rien et qui attend juste que la journée finisse ?
Demoustier s’en sort par la sensation. On transpire avec Marouane, on entend les tongs sur le béton chaud, les rires des autres qui continuent leur été comme si la mort n’existait pas. La caméra reste près des corps, des regards fuyants, des phrases qu’on avale à moitié.
Le roman dont le film est tiré, prix Femina des lycéens, se lit d’une traite :
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Le vrai risque du roman de Jestin, c’était le fait divers sordide. Le film l’évite. Il n’y a pas de flics, pas d’enquête, pas de résolution qui rassure. Juste un adolescent enfermé dans son secret, tiraillé par Giulia, une fille solaire pour qui il croit avoir un début de quelque chose.
Les deux jeunes acteurs, Hadrien Hussein et Martina La Manna, sont des inconnus, et c’est tant mieux. Lui joue tout en retrait, en malaise contenu. Elle apporte l’assurance et la lumière qui lui manquent. On y croit.
La presse a plutôt suivi, avec quelques réserves. Le Figaro parle d’une chronique d’été étouffante réussie, Le Point d’un grand film sur l’adolescence. D’autres trouvent que la torpeur finit par gagner un peu le spectateur aussi, et ce n’est pas complètement faux : il faut accepter d’entrer dans cette langueur pour que ça marche.
Reste un objet singulier, à contre-courant des grosses machines qui remplissent les salles en ce moment. Un film qui préfère le trouble à l’explication. Si vous aimez le cinéma qui vous laisse dans la moiteur plutôt que de tout vous résoudre, celui-là est pour vous.
Crédit photo : AlloCiné





