Culture

L’Amant ressort en 4K, et ce sulfureux malentendu entre Duras et Annaud n’a pas pris une ride

posted by Vincent 25 juin 2026
Affiche de la version restaurée 4K du film L'Amant de Jean-Jacques Annaud, d'après le roman de Marguerite Duras

Il y a des films qu’on croit connaître et qu’on n’a en réalité jamais vus au cinéma, parce qu’on avait quatorze ans en 1992 et qu’on l’a découvert plus tard, à la télé, en cachette. L’Amant fait partie de ceux-là. Pathé vient de le restaurer en 4K et il revient en salles ce 10 juin, distribué par Solaris.

L’occasion est trop belle pour passer à côté. On parle quand même de l’adaptation du roman le plus célèbre de Marguerite Duras, ce court récit autobiographique qui lui avait valu le Goncourt en 1984. L’histoire d’une jeune Française de quinze ans et demi, dans l’Indochine des années 1920, et de sa liaison avec un riche Chinois plus âgé. Tony Leung Ka-fai et Jane March, pour son premier rôle, dans une moiteur que Jean-Jacques Annaud filme sans détour.

Et c’est là que l’affaire devient savoureuse. Parce que Duras, elle, a détesté ce film. Cordialement, frontalement. Elle a même réécrit toute l’histoire dans un autre livre, L’Amant de la Chine du Nord, histoire de reprendre la main. Sa phrase est restée : « Rien ne m’attache au film, c’est un fantasme d’un nommé Annaud. » Difficile de faire plus cinglant envers le réalisateur qui adapte votre prix Goncourt.

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Avant ou après la séance, le roman qui a tout déclenché, prix Goncourt 1984 :

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Le malentendu est passionnant. Annaud a fait un film sensuel, charnel, soigné jusqu’à l’obsession, avec la voix de Jeanne Moreau en narratrice et une partition de Gabriel Yared qui a raflé le César de la meilleure musique. Duras, elle, voulait autre chose, quelque chose de plus mental, de moins léché. Les deux ont sans doute raison, et c’est précisément ce qui rend l’objet fascinant à revoir aujourd’hui.

Faut-il y aller ? Si vous aimez Duras, allez-y pour vous engueuler gentiment avec le film. Si vous ne la connaissez pas, c’est une belle porte d’entrée, à condition d’accepter une mise en scène qui prend son temps et assume son érotisme. Le grand écran change tout : la lumière sur le Mékong, les peaux, la chaleur, ça ne se vit pas pareil sur un téléphone.

Trois millions de spectateurs étaient allés le voir à l’époque. Trente-quatre ans plus tard, le revoir restauré, c’est l’occasion de trancher soi-même ce vieux procès entre une romancière et son metteur en scène.

Crédit photo : Pathé Films / Solaris Distribution

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