
Elle a 20 ans, elle est londonienne, et elle a passé son adolescence à reprendre des standards sur TikTok avant de signer chez Capitol. Sienna Spiro vient de sortir Visitor, son premier album, et le disque a fait ce que peu de débuts réussissent : filer directement à la deuxième place des charts britanniques, meilleure entrée de l’année pour un premier essai.
On comprend vite pourquoi. Dès les premières notes, on est ailleurs, quelque part dans les années 60, entre soul fumée et grands arrangements de cordes. Spiro cite Nina Simone et Ella Fitzgerald comme héroïnes d’enfance, et ça s’entend. Sa voix a ce grain un peu cassé, cette façon de laisser filer une note comme si elle allait se briser, que beaucoup ont cherché sans jamais l’attraper depuis Amy Winehouse.
Le disque tient sur dix titres, trente-trois minutes, pas une de plus. C’est court, c’est dense, et c’est plutôt malin de ne pas avoir noyé le talent sous quinze chansons. Le sommet, c’est Die on This Hill, une ballade au piano où la voix vous prend à la gorge. La chanson-titre, elle, tourne autour d’une idée fixe qui traverse tout l’album : rien ne dure, tout finit par partir. Spiro raconte l’avoir réécrite neuf fois avant d’être contente. Ça s’entend, c’est le genre de morceau qu’on n’écrit pas du premier coup.
Si la voix vous accroche, l’album se trouve aussi en physique :
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Alors est-ce que tout est parfait ? Non, et c’est justement ce qui rend le personnage intéressant. Par endroits, les textes sonnent un peu génériques, comme s’ils pouvaient appartenir à n’importe qui, et les cordes prennent parfois tellement de place qu’on en oublierait presque qui chante. La presse anglaise n’a d’ailleurs pas été unanime, entre l’enthousiasme complet et quelques trois sur cinq polis.
Mais bon, on parle d’une gamine de 20 ans qui enregistre en prises uniques, sans lisser les aspérités, et qui assume une esthétique à contre-courant de tout ce qui passe en radio aujourd’hui. C’est ça qui accroche. Il y a des voix qu’on repère à la première écoute et dont on sait qu’on va réentendre parler longtemps. La sienne en fait clairement partie.
Si vous aimez la soul qui prend son temps, celle qui préfère l’émotion à la performance, Visitor mérite vraiment vos trente minutes.
Crédit photo : Capitol Records





