Culture

Shu Qi passe pour la première fois derrière la caméra, et son film Girl vous colle un malaise dont on ne se défait pas

posted by Vincent 10 août 2026
Affiche officielle du film Girl de Shu Qi : deux adolescentes en uniforme scolaire marchent dans un passage voûté, Taïwan années 1980

On la connaissait devant l’objectif, magnétique chez Hou Hsiao-hsien dans Millennium Mambo, sabre au clair dans The Assassin. La voilà de l’autre côté. Shu Qi signe Girl, son premier long-métrage comme réalisatrice et scénariste. Et autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas un coup d’essai timide.

Le film est arrivé dans nos salles le 5 août, distribué par Ad Vitam, après une présentation très remarquée à la Mostra de Venise l’automne dernier, où il était en lice pour le Lion d’or. Rien que ça pour une première réalisation.

L’histoire se passe à Taïwan, à la fin des années 1980. Hsiao-lee est une gamine timide, coincée dans une famille qui se fissure de partout. Un père qui cogne, une mère abîmée, et elle au milieu, qui apprend à guetter les humeurs des adultes comme on surveille un ciel d’orage. Puis débarque Li-li, une fille de son âge, vive et insouciante, qui lui ouvre une fenêtre sur une autre vie possible. Sauf que le passé de la mère finit toujours par ressurgir, et les vieilles blessures avec.

Ce qui frappe, c’est la façon dont Shu Qi filme la violence. Pas de scène-choc étalée, pas de pathos appuyé. Elle installe la peur dans le quotidien, dans les silences, dans cette vigilance permanente qu’un enfant développe quand la maison n’est jamais tout à fait un refuge. La photo est chaude, presque douce, et pourtant on étouffe. Le contraste fait tout le travail.

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Il y a aussi une dimension qu’on devine personnelle. Shu Qi a souvent évoqué une enfance cabossée, et on sent qu’elle ne filme pas un sujet, elle filme quelque chose qu’elle connaît de l’intérieur. Ça se voit dans la justesse des détails, dans le refus de juger ses personnages, même les plus toxiques.

Un film facile ? Non. C’est lent, ça prend le temps d’installer son malaise, les journées de l’héroïne défilent parfois sans repère, exprès, pour vous glisser dans sa tête. La presse a salué la maîtrise tout en pointant une mise en scène qui reste sobre, presque sage pour un sujet aussi lourd. Moi, cette retenue m’a plutôt convaincu.

C’est un film pour qui aime le cinéma d’auteur asiatique, celui qui prend aux tripes sans jamais hausser la voix. Si vous cherchez de la légèreté en plein mois d’août, passez votre chemin. Sinon, ses deux heures méritent vraiment le détour.

Crédit photo : Ad Vitam

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