
Le compteur donne le vertige : cinquante disques studio, un demi-siècle de zigzags, et voilà « Second Song », paru le 21 septembre. C’est le deuxième que le Canadien enregistre avec The Chrome Hearts, le groupe qu’il s’est bricolé l’an dernier pour « Talkin to the Trees ». Sept titres, dont deux traînaient dans ses tiroirs depuis les années soixante et n’étaient jamais sortis. Le reste, il l’a composé récemment, sans se presser.
Ce qui frappe d’abord, c’est le calme. Pas de mur de guitares saturées comme au temps du Crazy Horse, pas de brûlot politique non plus. Young joue surtout à l’acoustique et au piano, et cette veine-là rappelle forcément « Harvest », la période où sa voix fêlée suffisait à porter une chanson entière. Autour de lui, une bande discrète : Micah Nelson, le fils de Willie, à la guitare, le vétéran Spooner Oldham aux claviers, une section rythmique qui se fait oublier. C’est exactement ce qu’il fallait.
L’album parle du temps qui file, de ce qu’on laisse aux gens qu’on aime, de la musique qu’on partage un soir sans y penser. À cet âge, le sujet pourrait sonner pesant. Il n’en est rien : Young reste dans la retenue, jamais dans le pathos. Certains critiques crient au disque de fin de carrière le plus abouti depuis « Psychedelic Pill », en 2012. D’autres, plus mesurés, trouvent que tout ça manque un peu d’étincelle, qu’une sélection resserrée des meilleures chansons des cinq dernières années aurait tapé plus fort.
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Les deux ont raison, en fait. On n’est pas devant le grand Neil Young qui vous décroche la mâchoire. On est devant un vieux monsieur qui s’assoit, qui joue ce qui lui passe par le cœur, et qui a assez de métier pour que ça reste beau même quand ça ronronne. La note globale de la presse tourne autour de 75 sur 100, ce qui, pour un cinquantième album, relève presque du miracle.
Alors on le conseille à qui ? Aux fidèles, évidemment, qui y retrouveront leur homme. Mais aussi à ceux qui ne connaissent Young que pour « Heart of Gold » et qui cherchent une porte d’entrée douce vers sa période automnale. À écouter tard, lumière basse, sans rien faire d’autre. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, c’est mieux que ça par certains soirs : une compagnie.
Crédit photo : Reprise Records





