
On aurait pu craindre le pire. Encore une rétrospective Cézanne, le peintre d’Aix accroché sagement par ordre chronologique, entre deux cars de touristes et une file d’attente sous la verrière. Sauf que voilà, le Grand Palais a pris un autre chemin, et ça change tout.
L’exposition s’appelle « Cézanne et nous », elle ouvre le 23 septembre 2026 et tient jusqu’au 17 janvier 2027, dans les galeries 3 et 4. Le principe est dans le titre. Plutôt que de dérouler la seule carrière du maître, on l’entoure de ceux qu’il a nourris. En tout, 174 œuvres : 69 signées Paul Cézanne (1839-1906), et 105 venues de 78 autres artistes qui l’ont regardé, copié, digéré, dépassé.
C’est là que l’idée devient maligne. Cézanne, on nous le répète depuis un siècle, serait le père de la peinture moderne. Sauf qu’une formule pareille, on l’avale sans jamais la voir. Là, on va la voir. Une pomme de Cézanne posée à côté de ce que les cubistes en ont tiré, ça vaut tous les cartels du monde.
Pour prolonger la visite ou patienter jusqu’à septembre, la biographie que Bernard Fauconnier consacre au peintre d’Aix se lit d’une traite.
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Le montage est du sérieux. Coproduction du GrandPalaisRmn, du Centre Pompidou et de l’établissement qui gère Orsay et l’Orangerie, avec le musée d’Orsay comme partenaire scientifique. Autrement dit, les grandes maisons ont ouvert leurs réserves pour l’occasion, et on retrouve par exemple « Fruits, serviette et boîte à lait » prêtée par l’Orangerie. On n’est pas sur un projet bricolé dans un coin.
Ce qui me plaît, dans cette approche, c’est qu’elle refuse la vénération bête. Cézanne n’est pas traité comme une relique sous cloche, mais comme un point de départ. Le dialogue file de la fin du XIXe siècle jusqu’à l’art d’aujourd’hui, donc des rapprochements parfois évidents, parfois carrément casse-gueule. Certains marcheront, d’autres non. Et c’est très bien comme ça. Une expo qui ne prend aucun risque, en général, c’est une expo qu’on oublie sur le trottoir en sortant.
Le vrai piège, ce sera la foule. Un Cézanne à Paris à l’automne, ça se bouscule vite, et les nocturnes du jeudi ne suffiront pas à absorber tout le monde. Prenez vos billets tôt, visez plutôt un matin de semaine. Et si vous avez toujours trouvé Cézanne un peu austère, un peu scolaire, c’est sans doute l’accrochage qui vous réconciliera avec lui. Moi, j’y vais sans hésiter.
Crédit photo : J. Paul Getty Museum (domaine public)





