Culture

Un réalisateur hongrois qui filme le plus français des héros, ça pouvait tourner au désastre poli. C’est l’inverse qui arrive.

posted by Vincent 20 septembre 2026
Affiche du film Moulin de Laszlo Nemes : Gilles Lellouche menotte face a Lars Eidinger en officier de la Gestapo, une chaise vide entre eux

László Nemes, l’homme du Fils de Saul, signe avec Moulin son premier film en français, et il ne raconte pas la vie entière de Jean Moulin. Il choisit les dix derniers jours. Été 1943, Lyon, la Gestapo qui resserre son filet pendant que le préfet devenu chef de la Résistance tente d’unifier des réseaux qui se méfient les uns des autres. Sortie le 28 octobre.

Le pari le plus casse-gueule tient au casting. Gilles Lellouche en Jean Moulin, sur le papier on hésite. On l’a vu en flic bourru, en copain de bande, en abonné du cinéma populaire. Ici il rentre le jeu, il assèche tout, et ça marche. Face à lui, Lars Eidinger campe Klaus Barbie avec une politesse glaçante, celle du bourreau qui prend son temps. Louise Bourgoin et Félix Lefebvre complètent une distribution qui ne surjoue jamais la reconstitution.

Ce qui frappe d’abord, c’est la forme. Nemes filme en 35 mm, avec son chef opérateur habituel Mátyás Erdély, et l’image plonge dans des noirs profonds, une lumière de clair-obscur qui étouffe autant qu’elle sublime. La caméra colle aux nuques, aux portes entrebâillées, à cette sensation permanente d’être suivi. On ne regarde pas la Résistance de loin, comme un tableau d’histoire. On est dedans, avec la peur au ventre.

L'Armee des ombres, Joseph Kessel

Le film renvoie au grand roman de la Resistance, ecrit a Londres en 1943 par Joseph Kessel.

L’Armee des ombres, Joseph Kessel → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Et c’est là que le film devient autre chose qu’un biopic scolaire. Nemes ne fabrique pas une statue. Il interroge la résistance comme idée, comme choix, comme vertige intime, sans jamais coller un halo doré sur son personnage. Le résultat tient du thriller d’espionnage nerveux plus que de la leçon patriotique.

Présenté en compétition à Cannes en mai, le film a laissé la critique un peu sonnée. Beaucoup ont lâché le mot qui fâche, celui qu’on n’ose jamais sortir : le meilleur film sur la Résistance depuis L’Armée des ombres de Melville. C’est énorme, et il faudra le vérifier en salle, mais l’intention est claire.

Deux heures dix, dense, exigeant, parfois suffocant. Ce n’est pas un divertissement du dimanche. C’est un grand film de cinéma, à voir sur grand écran plutôt qu’à moitié endormi sur un canapé. Si vous voulez mon avis, notez déjà la date.

Crédit photo : AlloCine

Leave a Comment

À lire