Culture

Paolo Roversi au Palais Galliera : cinquante ans de mode, peints par la lumière

posted by Vincent 23 mars 2024
Paolo Roversi au Palais Galliera : cinquante ans de mode, peints par la lumière

Il y a des photographes qui captent les vêtements, et d’autres qui en font de la peinture. Paolo Roversi appartient à la seconde catégorie. Le Palais Galliera, à Paris, consacre une grande exposition à ce maître italien de la photographie de mode, dont l’artiste a lui-même assuré la direction artistique. Une occasion rare d’entrer dans l’univers feutré de l’un des derniers grands alchimistes de l’image.

Le défi était de taille : résumer cinquante ans de carrière en cent quarante clichés. C’est le pari qu’a relevé Sylvie Lécallier, commissaire de l’exposition et chargée de la collection photographique du musée. Né en 1947 à Ravenne, Roversi s’installe à Paris en 1973 et travaille très vite pour les plus grands magazines, les créateurs les plus singuliers et les mannequins les plus marquantes. Une trajectoire qui épouse l’histoire de la mode contemporaine, sans jamais en suivre les modes, justement.

Ce qui distingue Roversi, c’est une signature visuelle immédiatement reconnaissable. L’usage du Polaroïd grand format, l’éclairage à la lampe torche, les manipulations de négatifs pour obtenir des images d’une douceur presque irréelle. Ses photographies semblent flotter hors du temps, comme suspendues entre le rêve et le souvenir. « C’est comme être peinte par la lumière », confiait l’une de ses modèles. La formule dit tout : chez lui, la lumière n’est pas un outil technique, c’est la matière même de l’image.

L’artiste, lui, n’aime guère commenter son travail. À 76 ans, il préfère botter en touche par quelques aphorismes. Le studio est son monde, dit-il, et le modèle en devient le centre le temps de la prise de vue. Les créateurs sont des compositeurs dont il interprète la partition, son appareil photo en guise de violon. Quant à la lumière, elle ne s’apprend pas, elle se ressent. On peut trouver cela un brin mystique, mais devant ses images, on comprend qu’il ne pose pas : il décrit littéralement sa manière de faire.

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Faut-il y aller ? Sans hésiter, oui, et pas seulement pour les amateurs de mode. L’exposition vaut autant comme leçon de photographie que comme expérience sensorielle. Dans une époque saturée d’images jetables, où l’on shoote et supprime par milliers, le travail de Roversi rappelle ce qu’est une photographie pensée, lente, presque artisanale. Le contraste avec notre boulimie visuelle quotidienne est saisissant.

On pourra regretter que cent quarante clichés ne rendent pas toute la richesse d’un demi-siècle de création. C’est le prix d’une sélection. Mais cette concentration a aussi du bon : elle évite le catalogue exhaustif et un peu indigeste, pour ne garder que des images qui marquent.

Sortir de cette exposition, c’est repartir avec une certitude un peu démodée et terriblement précieuse : une belle image se mérite, elle se construit, elle se ressent. De quoi regarder vos propres photos d’un œil neuf, et peut-être un peu plus patient.

Crédit photo : DR

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